Une invitation à une lecture attentive et vivante de l’Écriture
Dans la vie liturgique de nos Églises, le lectionnaire occupe une place centrale. Il structure les lectures bibliques au fil de l’année, nous permet de partager les mêmes textes dimanche après dimanche, et nourrit une véritable communion spirituelle entre les communautés. À ce titre, il est un outil précieux et profondément ecclésial.
Mais comme tout outil, le lectionnaire mérite aussi d’être interrogé avec discernement.
Une lecture orientée, sans être imposée
Le lectionnaire ne propose pas la Bible dans sa continuité intégrale. Il sélectionne des passages, découpe des péricopes, en omet d’autres. Ces choix ne sont ni arbitraires ni malveillants : ils répondent à des préoccupations pastorales, théologiques et liturgiques légitimes.
Cependant, cette sélection oriente inévitablement notre lecture.
Elle ne dicte pas ce que nous devons penser, mais elle influence ce que nous entendons – et ce que nous n’entendons pas.
Le découpage des péricopes : un enjeu de sens
Un même texte biblique peut prendre une tonalité très différente selon l’endroit où il commence et où il s’arrête :
- un conflit peut disparaître s’il est lu sans son contexte
- une parole radicale de Jésus peut sembler plus douce si elle est isolée
- une dimension politique ou sociale peut s’effacer au profit d’une lecture plus spirituelle ou morale
Ainsi, la Parole proclamée peut parfois sembler plus consensuelle que le texte biblique dans sa dynamique complète.
Une Bible traversée de tensions
Les Évangiles – et la Bible en général – ne sont pas des textes lisses.
Ils sont traversés de débats, de conflits, de ruptures, de questions sans réponse immédiate. Cette richesse peut parfois être atténuée lorsque les textes sont fragmentés.
Cela ne signifie pas que la liturgie trahit la Bible, mais qu’elle en propose une porte d’entrée, pas une lecture exhaustive.
Le lectionnaire : un service indispensable
Il serait pourtant injuste d’opposer le lectionnaire à la lecture biblique.
Il permet :
- une lecture suivie dans le temps liturgique
- une écoute communautaire de la Parole
- une protection contre une lecture purement individuelle ou subjective
Il rappelle que la Bible n’est pas seulement un livre à étudier, mais une Parole à recevoir ensemble.
Lire ensemble… et approfondir
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre liturgie et étude biblique, mais de les tenir ensemble.
Cela peut passer par :
- la relecture des textes avant et après la péricope proclamée
- l’attention portée au contexte historique et narratif
- des temps d’étude biblique ou de partage autour des textes entendus au culte
- une prédication qui ose parfois dire :
« le texte continue… »
Une Parole qui dépasse nos cadres
La Bible résiste à toute tentative de domestication.
Elle dépasse nos découpages, nos traductions, nos agendas liturgiques.
Le lectionnaire est au service de cette Parole vivante, mais il ne l’épuise jamais.
Et peut-être est-ce là une bonne nouvelle : Dieu continue de nous parler, au-delà des cadres que nous mettons en place pour l’écouter.