PREDICATION POUR LE JOUR DE NOEL 2025 A TONNEINS

Luc 2/6 à 20.

Chers frères et sœurs, chers parents, chers enfants,

Ça y est, nous y sommes enfin à cette fameuse date du 25 décembre et pour ce qui est de notre calendrier, probablement 2025 années après la naissance de Jésus…. Je dis probablement car les spécialistes s’accordent pour reconnaitre que l’on ne sait pas la date précise de la naissance de l’enfant de Bethléem.

Mais pour autant, aucun historien sérieux, aucun croyant, chrétien ou non ne peut mettre en doute qu’il s’est passé un événement important et troublant dans ce petit pays d’Orient qu’est Israël, alors occupé par les soldats Romains.

Et cet événement nous réunit à nouveau aujourd’hui car il garde toute son importance…. Il donne encore et peut-être plus que jamais tout son sens à nos vies.

Penchons-nous donc sur le récit de Luc en bons protestants, toujours soucieux d’être au plus près du texte.

Nous sommes donc dans la nuit de Noël et Marie vient de mettre au monde son fils, dans une étable ou une écurie, elle et Joseph n’ayant trouvé, en désespoir de cause que cet endroit pour les accueillir.

Ils font partis l’un et l’autre des petits du peuple d’Israël, humbles parmi les humbles.

Mais Dieu et ses légions célestes vont choisir encore plus petits que Joseph, Marie et leur nouveau-né pour annoncer la bonne nouvelle : des bergers !

Oui des bergers, souvent méprisés par la société israélite de cette époque. On les accusait de tous les maux et leurs témoignages devant les tribunaux n’avaient aucune valeur.

C’est pourtant d’abord à eux et avant tous les autres que Dieu s’adresse ; et le message qu’il leur communique est totalement essentiel et fondamental :

« N’ayez pas peur, car je vous annonce une bonne nouvelle qui réjouira tout le peuple : cette nuit, dans la ville de David est né pour vous un sauveur : c’est le Christ, le Seigneur ! ».

Oui chers frères et sœurs, c’est bien la naissance du Sauveur que nous fêtons, et un Sauveur qui est aussi le Christ, le Messie annoncé par toutes les prophéties mais aussi un Seigneur qui vient attester de la présence, de l’implication et de l’engagement de Dieu au sein de l’humanité toute entière.

Nous pouvons légitimement nous demander si la richesse, le goût du pouvoir, la surabondance de biens matériels pour certains ne sont pas des obstacles insurmontables à la rencontre avec Jésus.

C’est dans le dénuement, la solitude et peut-être le froid d’une nuit étoilée que les modestes bergers vont partir à la rencontre de ce Messie totalement improbable voir même inattendu.

Pour nous ici à Tonneins, dans notre pays, la France et sur la terre entière, Noël est porteur d’un urgent message d’espérance.

Car avec l’arrivée du Messie ce matin, c’est une promesse de paix et de réconciliation qui voit le jour ; une paix qui devient envisageable et possible dans la justice et la fraternité.

L’enfant de Bethléem a plus que jamais des choses à dire au monde et en particulier sur les terres-mêmes où il est né.

Je vous propose d’écouter ces quelques mots d’un théologien chrétien palestinien, originaire de Jérusalem qui s’appelle John S. Munayer :

« Certaines Eglises, en particulier dans les pays du Nord, ont été lentes à réagir. La crainte d’être taxées d’antisémites, d’être accusées de faire de la politique ou de créer de la division à réduit de nombreuses chaires au silence. Pourtant, le silence n’est pas neutre. Comme nous l’a rappelé Desmond Tutu, la neutralité dans les situations d’injustice revient à se ranger du côté de l’oppresseur.

La paix de Jérusalem-pour laquelle on prie si souvent- restera un mirage si elle n’inclut pas la justice pour tous ses habitants. Une véritable théologie de la paix doit reconnaitre la violence structurelle du colonialisme de peuplement. Une véritable théologie de la libération doit aspirer à un avenir au-delà de la vengeance, vers la réconciliation, la coexistence et la guérison.

Si nous voulons voir les Palestiniens et les Israéliens vivre ensemble dans l’égalité, la justice et la paix, nous devons prendre des mesures audacieuses en tant que chrétiens pour promouvoir cela sérieusement. Nous devons prendre à cœur les paroles de Jésus et les traduire en actes » (Le Levant. ACO p.6)

Oui, chers Amis, car le nourrisson qui nait dans une étable, qui est déposé dans une mangeoire, c’est aussi la parole incarnée, la parole faite chair, comme nous le présente Jean l’évangéliste.

Où peut-on rencontrer Jésus en ce matin de Noël 2025 ? Dans nos Eglises ? Dans les pays en guerre ? Dans les innombrables camps de réfugiés ? Dans les hôpitaux qui soulagent et soignent les enfants victimes de la violence des hommes ?

Il y a assurément un peu de cette présence salvatrice dans tous ces lieux de souffrances. Le Christ de Matthieu ne dira-t-il pas à ses disciples ?

« J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez accueilli chez vous ; j’étais nu et vous m’avez habillé ; j’étais malade et vous m’avez visité ; j’étais en prison et vous êtes venus me voir » (Matth. 25)

Le nouveau-né de Bethléem peut légitimement susciter une immense joie dans nos Eglises chrétiennes mais aussi et surtout dans le monde.

Il n’est en effet pas né qu’il y a 2000 ans ; il nait à nouveau ce matin et vient bousculer les logiques humaines destructrices et mortifères.

La « bonne nouvelle » annoncée par l’ange aux bergers dans la nuit de Noël, elle est adressée à nous ce matin à Tonneins mais aussi à la terre entière.

Et ce n’est pas que la naissance du Messie qui est annoncée, car les anges rajoutent :

« Gloire à Dieu dans les cieux très hauts et paix sur la terre pour ceux qu’il aime »

Oui, chers frères et sœurs, en ce matin de Noël, nous pouvons rendre gloire à Dieu car il nous offre le « Prince de la paix » annoncé par le prophète Esaïe (Es. 9/5)

Et alors que les bruits de botte retentissent aux 4 coins de la planète et au cœur de l’Europe, alors que des discours martiaux et de plus en plus agressifs se font entendre, nous croyons fermement qu’en la venue de l’enfant Jésus, la paix, le Shalom, le Salam, restent le seul objectif, le seul désir de Dieu pour notre humanité.

Je vous propose d’écouter à nouveau les réflexions d’un pasteur syrien, le pasteur Kherallah Atallah, de l’Eglise protestante Réformée de Lattaquié :

« Salam n’est pas seulement le mot arabe qui signifie la paix. Il est aussi la salutation fréquemment utilisée par tous les syriens, musulmans et chrétiens. Il est malheureusement ironique que, bien que le mot « Salam » soit prononcé quotidiennement, il se réfère à une situation que nous, en tant que Syriens, n’avons jamais connue depuis des décennies, voire des siècles.

Le mot grec de paix est utilisé dans le Nouveau Testament pour décrire à la fois l’absence de conflit et la présence d’un état de plénitude, de prospérité et d’harmonie. Il fait référence non seulement à la cessation des combats, mais aussi à la réunion de ce qui a été divisé. Ainsi le concept de paix du Nouveau Testament, influencé par le concept sémitique de Shalom ou Salam, s’étend au-delà de la simple absence de conflit pour englober un sentiment de bien-être qui couvre tous les domaines de la vie- l’économie, la sécurité, l’éducation, la culture et la santé. Par conséquent, lorsque vous saluez quelqu’un en disant « Salam », vous lui souhaitez un état de tranquillité, de sécurité et de prospérité. …. En tant que pasteur, j’affirme toujours aux membres de ma communauté et à tout un chacun que la paix véritable ne provient pas d’une loi ou d’un système politique spécifique. Elle ne vient que de Jésus-Christ dont l’amour, la lutte et le sacrifice pour le bien-être de tous, c’est-à-dire la paix, constitue notre modèle. » (Le Levant, journal de l’ACO, déc. 2025,p.7et 8).

Oui, chers Amis, c’est en communion avec le Christ, avec l’enfant de Bethléem, avec notre humanité souffrante que nous pouvons répondre à l’appel de Dieu à nouveau ce matin et devenir des « artisans de paix ».

Folie ? Utopie ? Rêves fous totalement irréalistes ? Nos amis de Syrie, de Palestine, d’Israël ou d’Ukraine y croient à nouveau ce matin de Noël.

Cette naissance, n’est pas seulement un événement hors du temps, hors du monde, en quelque sorte « hors-sol », c’est-à-dire totalement déconnecté de nos préoccupations. C’est tout le contraire, c’est la Bonne Nouvelle de l’Emmanuel, de Dieu qui vient vivre parmi nous en partageant notre condition humaine. C’est la bonne nouvelle d’un Dieu qui s’implique dans la vie des hommes, dans la quête éternelle de la paix et de la fraternité.

Ce Noël 2025 sonne comme un véritable message d’espérance.

Le Psalmiste l’annonçait déjà quelques siècles avant l’avènement du Messie :

« Qu’ils comptent sur toi ceux qui te connaissent ! Car tu n’abandonnes pas ceux qui te cherchent, Seigneur » (Ps. 9/11)

En ce matin de Noël, les bergers avertis par les anges, sont donc partis à la rencontre de ce Sauveur. Luc nous dit :

« Ils se dépêchèrent d’aller à Bethléem et ils trouvèrent Marie et Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire ».

Nous aussi ce matin, émerveillons-nous devant la simplicité, l’innocence et la pureté de cet enfant, sauveur des hommes, Fils de Dieu et prince de la paix.

Rien n’est acquis, rien n’est gagné et tout reste à faire pour établir son Royaume. Mais nous savons qu’en lui, tout devient possible, que l’humanité n’est plus soumise à la loi du plus fort, à l’arbitraire et à la violence.

Comme les bergers qui sen retournent à leurs occupations, chantons la gloire de Dieu et louons-le pour tout ce que nous avons entendu et vu.

Joyeux Noël à tous et toutes !!

Amen

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