Chers amis néracais, chers frères et sœurs,
Ça y est, nous y voilà, nous y sommes dans ce temps de l’Avent, temps d’attente, d’espoir qui précède Noël, ce nouveau Noël où nous vivrons et revivrons la joie d’une naissance, celle du Seigneur, du Sauveur qui vient partager notre condition humaine.
Mais, me direz-vous, quel drôle de texte que celui de l’Evangile de ce jour : une description des temps derniers, un récit d’Apocalypse chez Luc alors que nous nous préparons à fêter à nouveau le début de l’aventure chrétienne avec l’arrivée du nouveau-né de Bethléem.
C’est effectivement un paradoxe : ce premier dimanche de l’Avent nous voit évoquer les fins ultimes.
Peut-être, pouvons-nous penser à la petite graine qui va devenir un vieil arbre immense et majestueux, au nourrisson, promesse d’une vie accomplie qui va donner sens à nos existences et nous ouvrir les portes du Royaume.
Les quelques récits d’apocalypse contenus dans les Evangiles ne doivent, ni nous effrayer, ni nous paralyser. Rappelons-nous que le mot grec « apocalypse » a pour traduction en français « révélation » ou « dévoilement ». Ces récits reprennent bien souvent des passages prophétiques du 1er testament et témoignent d’un besoin criant d’espérance dans un monde troublé.
La description que fait Jésus des événements à venir a de quoi nous interroger effectivement. Ecoutons-le : « Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles…. Les puissances des cieux seront ébranlées ».
Rappelons-nous que Luc écrit son Evangile après la chute de Jérusalem et la destruction du temple par les Romains en l’an 70.
Bien plus qu’une fin du monde hypothétique dont Jésus nous dit que ni les anges, ni lui-même n’en connaissent le jour ni l’heure, c’est la fin d’un monde, d’une période de l’histoire humaine, de ses empires et de ses puissances dont il s’agit.
Et pour ce temps de l’Avent, cela sonne à nos oreilles comme une formidable bonne nouvelle !
Jésus utilise la parabole du figuier pour donner du courage à ses interlocuteurs :
« Regardez le figuier et tous les autres arbres : quand vous voyez leurs feuilles commencer à pousser, vous savez que l’été est proche ».
Le figuier est un arbre qui symbolise souvent Israël ; il donne de l’ombre et produit du fruit, tout ce dont les hommes ont besoin dans leurs traversées du désert.
Dans les temps, oh combien troublés qui sont les nôtres, sommes-nous capables de discerner les signes annonciateurs d’une paix et d’un désir de dialogue fraternel entre les hommes ?
Et si ce signe, cet événement majeur, ce puissant symbole de joie et d’espoir nous était donné simplement par l’enfant de la crèche ?
Les régimes et les idéologies les plus sanguinaires du XXème siècle ont disparu laissant derrière eux des charniers et des cendres. Le reich de 1000 ans ou le paradis terrestre du « petit père des peuples » ont vécu et sont tombés dans les oubliettes de l’histoire.
Christ nous le redis ce matin : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas ».
Comme chrétiens, comme citoyens du monde, nous ne basculons pas dans un optimisme béat, dans une candeur et une naïveté qui nous aveugleraient sur les réalités du monde contemporain.
La guerre en Ukraine va bientôt entrer dans sa 4ème année. Les nouvelles du conflit israélo-palestinien font état quotidiennement d’un sinistre cortège de souffrances et de malheurs. Dans bien d’autres régions du monde, des conflits moins médiatisés voient leurs lots de détresse et d’injustice. Un peu partout et même dans nos démocraties, arrivent au pouvoir des partis identitaires qui surfent sur le rejet de l’étranger et restreignent les libertés individuelles et collectives.
Au cœur de cette actualité douloureuse et pesante et en ce premier dimanche de l’Avent, Dieu nous appelle à veiller, à exercer une vigilance quand il nous dit par la bouche de son fils : « Prenez garde, ne vous endormez pas, priez en tout temps : ainsi vous aurez la force de surmonter tout ce qui doit arriver et de vous présenter debout devant le Fils de l’homme »
Entre inquiétude et espérance, désespoir et confiance, une voie moyenne s’ouvre à nous ; ce chemin ne saurait faire l’impasse sur la joie, une joie humble et lucide, une joie vécue dans l’attente de celui qui nous dit à nouveau ce matin : « Je suis celui qui était, qui est et qui vient ».
Chers frères et sœurs, en ce premier 1er décembre 2024, rien n’est écrit à l’avance et si le pire est toujours possible, le meilleur l’est tout autant. Dieu nous donne un allié, un maître, un guide à l’amour indéfectible. Les spirales de destructions, les élans morbides se heurtent à la réalité de ce Christ qui n’attend que nous, qu’une prise de conscience des hommes et des femmes de bonne volonté pour donner une nouvelle direction à l’humanité.
Nombreuses sont les associations, les ONG, les personnes bienveillantes qui, à tous les niveaux, agissent sur le terrain pour rendre notre société et notre monde plus fraternel et plus pacifique.
L’action des banques alimentaires ne fait pas le buzz… Pourtant, depuis plus de 40 ans, avec les restos du cœur, le secours populaire et quelques autres, elles contribuent à maintenir un lien social en proposant des denrées à nombre de personnes en situation de précarité.
Bien peu de gens connaissent l’ACAT, en dehors du cercle des Eglises. Elle agit pourtant depuis 50 ans pour soutenir les innombrables victimes de la torture, dénoncer les pratiques indignes que subissent tant de personnes auprès et au loin.
En ce premier jour de l’Avent, des mauvaises nouvelles s’accumulent; crise institutionnelle et politique en France, tensions internationales, catastrophes écologiques et climatiques, comme il y a peu en Espagne ; tout cela ne saurait nous accabler ou nous faire baisser les bras.
Chaque geste, chaque don, chaque engagement est une réponse et un témoignage qui contre le pessimisme ambiant ou le sentiment d’impuissance qui peuvent s’emparer de nous.
Pour nous chrétiens, l’histoire n’est pas finie et en ce début d’année liturgique, la certitude de la présence de Dieu dans ce monde, qui va se manifester dans quelques semaines par la venue de son Fils parmi nous, est, comme je l’évoquais tout à l’heure, une source de joie indicible.
Il se peut malgré tout que nos soucis personnels, la maladie, le deuil ou la solitude rendent notre quotidien particulièrement difficile. Si pour beaucoup d’entre nous, Noël est attendu avec bonheur et confiance, d’autres craignent cette période qui peut leur faire sentir douloureusement la fragilité des choses, leur isolement ou leur dénuement.
L’Eglise reste ce lieu privilégié où il est donné à chacun de briser ces sentiments d’échec ou de non-sens.
Dans la rencontre avec l’enfant de Bethléem, puis avec le Christ des Evangiles, mon parcours de vie, mon histoire, notre histoire basculent.
Malgré les soucis, les mauvaises nouvelles, une fenêtre s’ouvre, un espace se dévoile, une espérance nait à nouveau.
J’aime particulièrement ce passage de la déclaration de foi de notre Eglise rédigée en 2017, dans laquelle on peut lire ceci :
« Malgré nos imperfections, nos trahisons et ce monde marqué par le mal et le malheur, une brèche s’est ouverte avec Jésus, reconnu comme le Christ annoncé par les prophètes, en conséquence, le règne de Dieu est déjà à l’œuvre parmi nous ».
Ce sont peut-être les signes de ce règne que nous sommes appelés à découvrir durant ce temps de l’Avent 2024.
Dans l’humilité et la discrétion d’une famille d’exilés, Dieu entre dans l’histoire de l’humanité. Ce qui a été vécu à Bethléem il y a 20 siècles, est revécu dans chaque Eglise, chaque communauté, dans le cœur de chaque chrétien aujourd’hui.
Quel que soit notre quotidien et ses difficultés, nos questions lancinantes et nos incertitudes sur le devenir de ce monde et de la grande famille humaine, Dieu nous appelle à nouveau aujourd’hui à être des veilleurs, des sentinelles.
Soyons disponibles à la surprise, à l’émotion et à la joie d’accueillir le Fils de Dieu, cet enfant dont plus de 2000 après, nous fêtons encore la venue.
Amen.