Chers frères et sœurs,
En ce 4ème dimanche de l’Avent et alors que le jour de Noël est seulement à quelques dizaines d’heures, le texte de Matthieu nous oblige à nous pencher sur une annonce, plus précisément sur l’annonce à Joseph d’une paternité à venir qui défie à la fois la raison et la logique.
En effet, reconnaissons que dans ce récit, le fiancé de Marie a de quoi être déboussolé, atterré et voir-même totalement désespéré.
Imaginons un peu la scène et pareilles circonstances pour chacun-e d’entre-nous. Dans ce récit qui fait la part belle au merveilleux, Joseph comprend que sa fiancée est enceinte sans qu’il ne l’ait « connue » au sens biblique du terme, c’est-à-dire, sans qu’il ait eu des relations intimes avec elle.
Si l’on peut légitimement douter ce cette réalité, pour Joseph, une seule possibilité : sa fiancée a commis l’adultère.
Au-delà d’un questionnement bien naturel de notre part, la conduite et le comportement de Joseph ne manquent pas de nous interroger en nous renvoyant chacun-e à notre propre famille, à nos relations avec nos conjoints-es quand nous sommes en couple, ainsi qu’aux liens qui peuvent unir parents et enfants.
En relisant ces quelques versets, je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec une histoire qui m’a ému et touché et que j’ai lue la semaine dernière dans le journal le Monde.
Il s’agit de celle d’Alen Muhic, un jeune bosniaque de 32 ans qui vient d’écrire un livre sur son origine et l’histoire de sa propre famille.
Né en 1993, il grandit dans une famille musulmane. Alen vit une enfance heureuse auprès de ses parents et ses deux sœurs aînées. Il n’a pas de souvenirs du terrible conflit qui ensanglante la Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995.
Et puis un jour, alors qu’il a une dizaine d’années, des enfants de son école le traitent de « bâtard de tchétnik » ce nom qui était donné aux royalistes serbes durant la deuxième guerre mondiale.
S’ouvrant à ses parents de cet incident, ces derniers lui apprennent qu’il a été abandonné en 1993 par une femme bosniaque qui avait été violée par un serbe. Commence alors pour lui une quête de vérité pour retrouver ses parents naturels, tout en étant profondément soutenu et aidé par ses parents d’adoption.
Chers Amis, quels liens entre cette bouleversante histoire qui nous rappelle une tragédie récente et le texte de ce jour ?
Peut-être savoir que la filiation naturelle, les liens du sang ne sont pas toujours les seuls et uniques fondements d’une famille mais que c’est aussi l’amour qui construit et créé un attachement profond.
Dans le récit de Matthieu, Joseph assume cette paternité, indépendamment de son questionnement et de sa surprise.
Il se laisse guider par un rêve, témoignant ainsi de sa foi et de son obéissance, l’ange qui apparait alors lui disant : « Joseph, descendant de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, la femme, car l’enfant qui a été conçu en elle vient de l’Esprit Saint » (Matt. 1/20).
Quelle étrange paternité : un enfant dont on ne connait pas vraiment la paternité naturelle, Joseph ? Pas Joseph ? et dont on découvre la paternité spirituelle, celle de Dieu le Père ?
Au-delà de ces interrogations et en pensant également à ce jeune homme bosniaque, reconnaissons que c’est avant tout l’amour donné et reçu qui créé les liens entre parents et enfants, entre Dieu et nous.
En rédigeant ma prédication, je songeais à la notion de « père spirituel », assez étrangère au protestantisme il est vrai.
Un père ou une mère spirituel.le, ne l’oublions pas, ne sont-ils pas un homme ou une femme qui nous aident à naître ou renaître à nouveau pour devenir un peu plus, fils, fille du Père céleste, de celui, qu’après Jésus, nous appelons « Notre Père » ?
Dans l’Evangile matthéen, c’est également à Joseph que revient l’importante mission de donner un nom à son fils.
Vous le savez, frères et sœurs, dans toutes les cultures et dans toutes les langues, le choix et l’attribution du prénom ou du nom sont essentiels et c’est bien aux parents qu’il revient de faire ce choix.
Dans le cas du petit enfant qui va naître dans l’étable de Bethléem, deux noms vont lui être donnés, Jésus, qui signifie en hébreu « Dieu sauve » et Emmanuel qui, comme l’écrit Matthieu peut se traduire par « Dieu avec nous ».
Notons que le prénom Emmanuel correspond à de vieilles prophéties et nous avons en effet écouté celle d’Esaïe.
C’est ainsi, chers amis, avec ce Seigneur, ce petit d’homme, c’est la venue à la fois d’un Dieu qui naît, va grandir et vivre parmi nous mais c’est aussi un Dieu qui nous sauve.
Nul doute que notre Dieu Père lui a choisi une famille terrestre qui va lui permettre de croître et de se développer afin d’accomplir sa mission de salut pour tous les hommes.
Je me demandais si dans cette « histoire de famille », dans cette filiation à la fois extraordinaire et mystérieuse, il n’y avait pas une véritable dimension universelle.
Par-delà les difficultés inhérentes à chaque vie de famille, comme les nôtres bien sûr, la naissance de Jésus, l’histoire de Marie et Joseph ne sont-elles pas comme des messages d’espérance, comme l’annonce d’une vie toujours plus forte que la mort, d’un salut toujours plus vrai que toutes les condamnations ?
Et si cette famille que l’on qualifie de sainte nous parle tant, n’est-ce pas qu’elle fait écho, au plus profond de nous, aux liens les plus intimes qui nous relient aux autres ?
Nous savons que point n’est besoin d’avoir eu un père et une mère aimants pour réussir sa vie, même si cela reste une chance ou un privilège.
Au jour d’aujourd’hui, beaucoup de familles sont séparées, décomposées et souvent recomposée.
Ce constat, cette réalité ne devraient altérer en rien l’amour entre parents et enfants.
Dans le cas de Joseph, ce dernier accepte que l’enfant que porte sa fiancée Marie ait une paternité spirituelle autre que la sienne, qu’il ait été conçu du Saint Esprit.
Cela peut, peut-être nous rappeler à chacun l’expérience de notre propre baptême même si nous n’en avons aucun souvenir car il a eu lieu dans notre petite enfance.
Vous savez que par le baptême, opéré au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, nous mourons symboliquement à notre vie ancienne pour renaître à une vie nouvelle.
Cette famille humaine, un peu idéale et souvent magnifiée en particulier par nos amis catholiques et orthodoxes, reste une belle référence et peut nourrir notre foi encore aujourd’hui.
Joseph ne sera que peu mentionné dans les autres évangiles comme si son rôle était surtout d’inscrire Jésus dans la filiation davidique.
Mais ne commettons pas l’imprudence frères et sœurs de minorer ou mépriser la famille au sein de laquelle Jésus voit le jour. Nous avons bien sûr parfaitement le droit de nous interroger sur cette conception mystérieuse et ce désir dans beaucoup d’Eglises et de traditions chrétiennes de revendiquer la virginité de Marie et de l’ériger en dogme absolu.
Mais je crois qu’il est bien plus important de croire que Jésus a été attendu et accueilli dans l’amour et la tendresse par ses parents.
Cela nous renvoie à nouveau à nos propres histoires familiales.
Il arrive parfois que le cercle familial s’élargisse à une communauté, à une Eglise comme la nôtre ; on peut parler alors d’une famille spirituelle.
En nous rapprochant de ce Christ, Fils de Dieu, en nouant avec lui une relation fraternelle, nous devenons à notre tour « enfants de Dieu », nous entrons de plain-pied et de plein-droit dans la famille chrétienne et plus largement dans la famille humaine.
Réjouissons-nous, frères et sœurs de ce Noël qui vient malgré une actualité nationale et internationale lourde et pesante.
Profitons de ces retrouvailles familiales qui s’annoncent et qui vont nourrir notre foi en nous donnant de la joie.
Oui, dans 4 jours, nous fêterons Noël et comme des millions de chrétiennes et de chrétiens, nous nous émerveilleront devant l’enfant de la crèche.
La « sainte famille », c’est notre famille, le bonheur de cette naissance, c’est notre bonheur.
Cette naissance ouvre un chemin d’espérance ; elle sonne comme une promesse d’avenir par-delà les soucis et les vicissitudes du quotidien.
Réjouissons-nous de l’arrivée de Jésus, l’Emmanuel qui manifeste l’amour du Père pour sa Création et pour l’humanité toute entière.
Il est celui qui dira au monde :
« Votre tristesse se changera en joie » (Jean 16/20) et « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (Jean 14/27)
Amen