PREDICATION POUR LE CULTE DU DIMANCHE 8 DECEMBRE A TONNEINS.

Phil.1/ 4 à 11 et Luc 3/1 à 6.

Chers frères et sœurs,

Vous le savez, le temps de l’Avent a débuté dimanche dernier et chaque jour qui passe nous rapproche du grand événement à venir, la fête de Noël.

Dans ce passage de l’Evangile de Luc, son auteur évoque le ministère et la prédication de Jean-Baptiste, proche de Jésus, dont les textes nous disent qu’ils sont peut-être cousins par leurs mères Elisabeth et Marie.

Luc inscrit l’action de Jean-Baptiste et le baptême de Jésus dans un temps, un contexte historique et une époque. Une profusion de détails et de dates nous renseigne en effet : 15ème année du règne de l’empereur Tibère, Ponce-Pilate gouverneur de Judée, règne d’Hérode sur la Galilée, etc…

Toutes ces informations nous permettent de situer l’action des personnages en l’an 27 ou 28 de notre ère ; cela donne du poids à l’historicité des différents évènements rapportés dans les Evangiles.

Cela pourrait nous faire penser à un homme ou une femme, contemporain qui dirait ceci : Jésus-Christ est rentré dans ma vie sous le deuxième mandat du président Macron, alors que Michel Barnier était (encore ?) 1er ministre, que Donald Trump venait d’être réélu président des Etats Unis et que l’année 2024 allait s’achever.

Jean est un prophète à la fois héritier du prophétisme du 1er Testament et précurseur car il devance et annonce un temps nouveau, une nouvelle époque, un temps messianique.

Luc met dans la bouche du Baptiste une parole tirée du livre d’Esaïe, dans la version grecque du premier testament que l’on a appelé, vous le savez « la Septante ».

Le livre d’Esaïe est cité plus de 50 fois dans le NT et sa lecture souvent passionnante a de quoi nourrir notre foi encore aujourd’hui.

Jean-Baptiste semble vouloir incarner cette voix qui crie dans le désert lorsqu’il proclame : « Changez de vie, faites-vous baptiser et Dieu pardonnera vos péchés ».

A 2000 ans d’écart, je me demandais comment serait interprété une telle prédication publique dans des lieux de passage et au milieu des foules d’aujourd’hui ?

Pour ce qui est de changer de vie, assurément, nombres de nos contemporains le souhaiteraient. Je me rappelle très bien du slogan d’un grand parti politique français il y a quelques décennies qui proclamait : « changer la vie ».

Changer de vie en 2024, ce peut être chercher à lui donner plus de sens, plus de profondeur ; à nous croyants, chrétiens et protestants de témoigner que la vie spirituelle vécue au sein de l’Eglise, la rencontre avec Jésus-Christ transforment chaque jour nos existences.

Peut-être allons-nous avoir le sentiment, comme Jean-Baptiste, d’être une voix qui crie dans le désert.

Notre société d’abondance nous fait souvent oublier que la subsistance, se nourrir et se loger sont un combat permanent pour nombre de nos voisins.

Ceux qui n’ont rien ou si peu doivent effectivement avoir le sentiment que leur vie ressemble à une difficile traversée du désert. Paradoxalement, ceux qui sont repus, nantis ont parfois un sentiment de vide, ils ressentent dans leurs vies des déserts affectifs et relationnels.

En ce deuxième dimanche de l’Avent, la parole du prophète Esaïe reprise par Jean-Baptiste peut nous guider et nous conduire dans nos propos et nos actes : « Préparez le chemin du Seigneur, faites-lui des sentiers bien droits ! ».

Ces propos s’adressent à nous. Point n’est besoin d’être en capacité de conduire et manœuvrer de gros engins de travaux publics pour préparer le chemin du Seigneur, rendre droit ses sentiers.

Je pensais en rédigeant ma prédication que mettre au pied du sapin une Bible illustrée pour un enfant, les Saintes Ecritures pour un adulte, un ami, un proche, ce peut être travailler pour le Seigneur.

Nous sommes aussi sans doute appelés à affirmer avec foi, force et conviction que la fièvre consumériste qui s’empare de tous avec les « blacks Fridays », les illuminations et les achats de Noël, sont dérisoires et secondaires au regard de celui qui est le moteur de notre vie, au centre de notre foi.

Rappelons-nous que c’est bien souvent en fin d’année que notre Eglise, les diverses ONG et associations humanitaires reçoivent le plus de dons.

Notre générosité est aussi un des moyens de préparer le chemin du Seigneur, de ne céder, ni au découragement ni à l’indifférence face à l’ampleur de la tâche qui est celle de l’Eglise.

Le langage et le vocabulaire du prophète Esaïe est très imagé ; écoutons-le à nouveau :

« Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les courbes de la route seront abaissées, les chemins rocailleux seront aplanis »

Quel chantier ! Là encore, sommes-nous appelés à un travail de terrassement ou plus facilement, plus simplement à agir humblement pour ce Noël qui vient ?

Des petits gestes d’entraide et de fraternité peuvent assurément combler les vallées, les ravins profonds creusés par l’égoïsme ou l’orgueil.

Celles et ceux d’entre nous qui ont participé il y a peu à la grande collecte de denrées organisée par la banque alimentaire ont pu faire à nouveau l’expérience de la générosité de beaucoup, au repli et à l’animosité de certains.

Happés par notre vie quotidienne, les impératifs de chaque jour, la préparation des jours de fêtes, le risque est grand d’oublier la solidarité et l’amour fraternel. Quelques versets après notre passage de ce jour, Jean répond aux foules qui lui demandent : « Que devons-nous faire ? » ceci : « Celui qui a deux chemises, qu’il en donne à celui qui n’en a pas. Et celui qui a de quoi manger, qu’il partage ce qu’il a ».

Un ami proche, malgache, a séjourné il y a peu sur son île natale pour des raisons familiales. Il me disait cette semaine combien il était bouleversé par l’indigence et la misère qui sont le quotidien de tant d’êtres humains à Madagascar.

Auprès, au loin, il y a bien des vallées à combler, des collines à aplanir, des chemins à rendre droits.

L’ACAT, action des chrétiens pour l’abolition de la torture qui fêtait hier son 50ème anniversaire à Paris comme à Agen, est une ONG chrétienne qui prouve qu’aider les autres, soutenir les victimes n’est pas systématiquement une question d’argent et de moyens matériels. Une prière, une cartelette signée comme l’appel du mois sont autant de chemins, de voies que le Seigneur nous appelle à emprunter.

Peut-être pouvons-nous également durant ce temps de l’Avent, tenter de discerner tout ce qu’il y a de grand, de beau, de noble dans notre société, notre pays et notre monde.

Plutôt que de se focaliser sur l’avalanche de mauvaises nouvelles, les récits de guerres et de catastrophes rapportés quotidiennement par les médias, nous pourrions peut-être privilégier les moments rares et précieux passés en famille, vécus dans l’Eglise ou bien dans nos activités culturelles et associatives.

S’émerveiller sur l’arrivée du nouveau-né de Bethléem, se laisser gagner par la joie et la reconnaissance, n’est-ce pas préparer le chemin du Seigneur ?

Les évènements importants ne font pas de bruit, pas de vacarme ni de publicité. Jésus entre dans l’histoire des hommes presque par effraction, sans tambour ni trompette.

Pourtant, il y a 2000 ans comme aujourd’hui et générations après générations, Dieu continue à se manifester, à agir, à nous parler de joie et d’espérance même s’il n’est pas facile d’entendre sa voix dans la cacophonie ambiante…. 49/3, motion de censure, démission du 1er ministre… guerres atroces et sans fin, tensions internationales maximum, c’est vrai frères et sœurs, ce n’est pas évident de découvrir et redécouvrir le bonheur simple d’exister, d’aimer et de se savoir aimé par ce Dieu qui peut sembler à certains absents de notre monde.

La belle lettre aux Hébreux, dont on n’est pas certain que Paul en soit l’auteur nous délivre ces paroles qui peuvent nous accompagner pour ce temps de l’Avent :

« Mettre sa foi en Dieu, c’est être sûr de ce que l’on espère, c’est être convaincu de la réalité de ce que l’on ne voit pas » (Heb. 11/1).

Je vous le disais, l’arrivée de l’enfant de Bethléem n’a pas fait grand bruit. Aujourd’hui encore en cette fin d’année 2024, le bruit et le fracas couvrent le message de l’Eglise.

Pourtant, nous croyons plus que jamais que le monde a besoin de bonnes nouvelles, d’une espérance forte et renouvelée.

Nous croyons avec Jean Baptiste que le Seigneur vient et qu’avec lui, tout le monde verra le salut accordé par Dieu.

Amen

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