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PREDICATION POUR LE CULTE A NERAC DU DIMANCHE 30 JUIN 2024
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Matthieu 25/31 à 46.
Chers frères et sœurs,
Réécoutons à nouveau ces deux versets qui sont au centre de cette parabole que l’on a appelé la « parabole du jugement dernier » :
« J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez accueilli chez vous ; j’étais nu et vous m’avez habillé ; j’étais malade et vous m’avez visité ; j’étais en prison et vous êtes venus me voir ».
Ces paroles du Christ, rapportées par Matthieu, nous rappellent que ce n’est pas dans nos Eglises, dans nos temples ou au sein de nos communautés qu’il se laisse uniquement rencontrer ; c’est dans le monde, dans nos rues, dans nos hôpitaux ou nos prisons, sur les fragiles esquifs qui traversent la Méditerranée que Christ prend là aussi l’un de ses multiples visages.
Ce court passage est également l’un des piliers de l’ACAT avec l’article 5 de la DUDH qui dit : « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».
Alors que nous avons célébré cette semaine la Nuit des Veilleurs en différents lieux du département et de la France et dans le contexte que nous connaissons, il est bon de nous recentrer sur le cœur du message évangélique qui fonde notre foi.
Oui chers amis, alors que pour certains, une crise morale, sociale et spirituelle les fait glisser d’un questionnement sur leur identité à des affirmations identitaires agressives, nous, nous témoignons d’un Christ totalement ouvert sur l’altérité, accueillant et ouvrant les bras à tous, nous appelant à nous enrichir des différences et de la diversité.
Jésus ne nous demande pas, à travers cette parabole de tomber dans un activisme désordonné qui pourrait nous mener à une illusoire quête de salut par les œuvres. Il s’agit plutôt de chercher à le rencontrer dans des personnes connues ou inconnues parce que nous nous savons aimés inconditionnellement par lui.
Par-delà cette rencontre avec le prochain qui peut prendre le visage de l’exclu, de l’étranger ou du malade, ce sont aussi toutes nos peurs, toutes nos prisons intérieures, tous nos déterminismes qui sont balayés.
Pour le formuler autrement et en référence à notre théologie protestante, nous agissons pour le service de l’autre non pas « pour être sauvé » mais parce que nous savons l’être.
Cette certitude nous libère de toutes les angoisses, toutes les peurs et toutes les aliénations allègrement relayées et diffusées dans les médias et par les réseaux sociaux, nourrissant un climat qui nourrit les idéologies extrêmes et faisant le lit du vote identitaire.
Dans quelques semaines à Tonneins, une cérémonie aura lieu dans le parc de la mairie, pour honorer la mémoire du pasteur Jean St Martin qui y exerça son ministère de 1943 à 1949. Jean St Martin a été récemment déclaré juste des nations par le comité Yad Vashem pour son action durant cette terrible période.
Comment ne pas penser aux disciples à qui le Christ prête ces paroles :
« Seigneur, quand t’avons-nous vu affamé et t’avons-nous donné à manger, ou assoiffé et t’avons-nous donné à boire ? Quand t’avons-nous vu étranger et t’avons-nous accueilli chez nous, ou nu et t’avons-nous habillé ? Quand t’avons-nous vu malade ou en prison et sommes-nous venus te voir ? »
Et Christ de leur répondre : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ».
Celles et ceux qui aujourd’hui, revendiquent et affirment avec force les racines et l’identité chrétienne de notre pays en dénonçant l’action de la CIMADE, en supprimant les subventions aux associations qui agissent sur le terrain auprès des exclus, sans-papiers, ou ressortissants français en situation de précarité économique et sociale ne veulent pas comprendre pour autant le message du Christ et la mission qu’il confie à chacun de nous.
On assiste ainsi à des conflits qui se développent et des fermetures de locaux et d’associations par des édiles d’extrême-droite comme c’est le cas déjà dans certaines communes qui accusent en particulier le secours populaire d’accompagner des familles de migrants, la CIMADE de se battre pour leurs droits.
Un théologien chrétien du siècle dernier écrivait à propos de ce passage que Jésus se montre plusieurs fois sous l’aspect d’un homme inconnu, pour indiquer que, désormais, quand le Christ historique étant monté aux cieux, c’est sous les traits des hommes que nous le rencontrons et que sa personne prend un visage terrestre.
Il rajoute qu’en ceux-ci, nous est donné la possibilité d’une rencontre incessante avec Jésus. Il se manifeste à nous au bureau, à l’atelier, dans les magasins, les moyens de transport, les files d’attente qui piétinent, etc…
Je sais qu’à chacun, chacune d’entre-nous, il nous est arrivé de vivre justement une rencontre, un échange, durant lesquels indéniablement, notre vis-à-vis s’est révélé, mystérieusement, là et à ce moment précis, avoir le visage du Christ.
Que cela ait eu lieu durant un moment fugace ou durant un temps plus long, l’évidence était là : Il était présent.
Permettez-moi d’évoquer un souvenir vieux de quelques décennies. J’étais alors en Guyane où j’effectuais mon service national. Avec un ami, nous avions pris l’habitude d’acheter quelques cigarettes et sandwichs à un vieil homme qui vivait de la mendicité dans les rues de Cayenne. Ce dernier se prit d’amitié pour nous et petit à petit, s’établit entre nous une relation de confiance et d’affection. Henri, c’était son prénom avait été bagnard et ses récits, ses tatouages et ses cicatrices témoignaient de la vie terrible qui avait été la sienne et des épreuves qu’il avait dû traverser. Au fil du temps, il nous fit le récit de son existence cabossée, se confiant en particulier lorsqu’il était hébergé dans un hospice durant la saison des pluies.
Pour mon ami et moi, dorénavant, cette page sombre de l’histoire judiciaire française qu’avait été le bagne, ne se résumait plus à quelques chapitres dans des ouvrages spécialisés, elle s’incarnait dans la figure d’Henri, vieillard usé et fatigué mais libre, d’une liberté presque insolente. Cette figure c’était peut-être celle d’un Christ surprenant qui se laisse croiser là où on ne l’attend pas.
De quoi nous serions-nous privé si nous n’avions pas vécu cette rencontre ?
Comment comprendre des Eglises et des communautés chrétiennes qui se replient et se recroquevillent sur elles même, en vase clôt, refusant par avance de concevoir la présence du Christ à tous les carrefours de la vie et du monde ?
« Allez dans le monde entier annoncer la bonne nouvelle à toute la création » dit le Maître à ses disciples à la fin de l’Evangile de Marc.
Peut-on dissocier l’avènement d’un Messie qui nous envoie témoigner de son amour inconditionnel auprès de tous, de l’action auprès des plus défavorisés, ceux qu’évoque l’Ecriture à maintes reprises avec la veuve, l’orphelin et l’étranger ?
Ce triptyque revient en effet comme une litanie, un mantra dans la Bible. Il est le symbole de la détresse, de la fragilité et de la précarité.
Jésus lui-même va porter la souffrance de celui qui est sans défense jusqu’à la croix. Il n’aura eu de cesse de nous rappeler que comme les premiers disciples, nous ne sommes pas là pour être servis, pour nous servir mais pour nous mettre au service des plus faibles.
Les luttes pour le pouvoir, l’orgueil des « grands de ce monde », le culte de la force et de la toute-puissance se traduisent bien souvent par le mépris et l’humiliation des plus petits de nos contemporains.
En ce jour très important et si particulier pour le présent et l’avenir de notre pays et de notre continent, gardons à l’esprit que Dieu, présent en son Fils Jésus-Christ est un Dieu qui unit, qui réunit, qui construit, qui bâtit en rapprochant les humains les uns des autres. Il nous appelle à la fraternité et non à la division, à l’exclusion ou au rejet de l’autre.
Il ne saurait y avoir de compromis avec des idéologies qui prônent un racisme décomplexé sous couvert d’une soit disant « préférence nationale ».
Cela serait faire fi de l’histoire profonde et complexe de notre société et de notre pays, qui se sont enrichis des multiples apports dus aux brassages humains qui les composent et leurs donnent couleurs, cultures et traditions variées.
C’est Christ, et lui seul qui fonde notre identité et il est la pierre angulaire, le fondement, le socle de son Eglise et du monde.
Quelles que soient les épreuves et les temps difficiles qui peuvent surgir, sachons aller à sa rencontre à travers les multiples visages qu’il prendra sur nos routes.
Dans cette parabole dite « du jugement dernier », il nous dit à nouveau ce matin :
« Venez, vous qui êtes bénis par mon Père, et recevez en héritage le royaume qui a été préparé pour vous depuis la création du monde »
Amen