PREDICATION POUR LE CULTE A MARMANDE DU DIMANCHE 15 FEVRIER 2026

Matth. 5/17 à 37 et Deutér. 30/15 à 20

Chers frères et sœurs,

Le texte du Deutéronome que nous venons d’écouter vient clore le Pentateuque que nos amis juifs appellent également « la Torah ».

Il décrit les derniers jours de Moïse qui va pouvoir contempler la terre promise sans y accéder lui-même et nous permet de découvrir l’ultime message que Dieu adresse à son prophète ; et ce message tient en trois mots : « Choisis la vie ».

Je suis frappé à lire ce texte, qui a probablement été écrit durant la période de l’exil, soit il y a probablement près de 25 siècles, je suis frappé disais-je par son actualité et sa pertinence pour nous disciples de 2026.

Le mot « aujourd’hui » revient à 4 reprises dans ces 5 versets :

« Aujourd’hui, je place devant toi la vie et le bonheur d’une part, la mort et le malheur d’autre part. »

« Mets en pratique ce que je t’ordonne aujourd’hui ».

« Je vous préviens dès aujourd’hui. »

« Je vous avertis solennellement dès aujourd’hui ».

Vous le voyez, frères et sœurs, faire le bon choix, ce n’est pas pour demain, pour un futur hypothétique et lointain, c’est pour ici et maintenant, en un mot, pour aujourd’hui !

Il ne s’agit donc pas pour nous de reporter nos décisions à une date ultérieure et lointaine, de nous dire « on verra plus tard », non c’est maintenant que nous pouvons faire la volonté de Dieu en faisant le bon choix : celui de la vie.

N’oublions pas que Dieu, dans sa grande sagesse et avec l’immense respect qui est le sien pour ses créatures, nous a octroyé la liberté : liberté d’aimer ou de haïr, liberté de lui obéir ou de lui désobéir, liberté de choisir, choisir à chaque instant entre ce qui peut nous entraîner vers la mort ou ce qui peut nous donner un supplément de vie.

Pour faire le bon choix et en toute connaissance de cause, écoutons simplement le texte de ce matin et les verbes employés :

« Regarde, aime le Seigneur ton Dieu ; obéis à ses commandements, écoute sa voix, reste-lui fidèlement attaché. »

Est-ce vraiment si difficile que cela, chers amis, de faire la volonté de Dieu quand nous croyons en la parole de son Fils Jésus-Christ qui affirme être le chemin, la vérité et la vie ?

Choisir la vie, choisir « sa vie », se fait bien souvent inconsciemment et spontanément.

Mais cela peut aussi se faire après mûre réflexion, dans la prière et le dialogue avec Dieu.

Dans le texte de ce jour, la question, le dilemme sont clairement et simplement posés : d’un côté, la vie et le bonheur, de l’autre la mort et le malheur ; d’un côté la bénédiction, de l’autre la malédiction.

Très concrètement, très prosaïquement, qu’est-ce que cela peut signifier pour nous ? Qu’est-ce que choisir la vie sur le plan individuel comme sur le plan collectif ?

Il est probable que la première étape dans ce cheminement est l’écoute, le « shema Israël ».

L’écoute n’a rien de passif ; écouter, c’est accepter de relire sa vie et de la placer entre les mains de Dieu, c’est reconnaitre que la réalité ultime est en lui et lui seul.

Pour nous chrétiens, vous le savez bien, la vérité n’est pas un dogme, une idée ou une philosophie, la vérité est une personne : celle de Jésus le Christ.

Ainsi choisir la vie, c’est une fois pour toute et définitivement faire le choix du Christ, de l’avoir pour maître, pour berger et pour Sauveur.

Choisir la vie, c’est se laisser guider par son enseignement, se laisser habiter par sa parole.

C’est aussi dire non à toute les forces de haine, de destruction et de mort à l’œuvre dans la Création ; c’est refuser de se taire face aux discours d’exclusion, aux paroles racistes et stigmatisantes.

Choisir la vie, c’est s’opposer aux engrenages diaboliques qui pourraient nous conduire au chaos, aux guerres et aux conflits destructeurs.

Aujourd’hui, en ce mois de février 2026, les exemples abondent d’idéologies, de dogmes politiques ou religieux, de philosophies et de règles morales qui font pencher la balance du côté de la mort.

Les religions et les différentes familles spirituelles sont elles aussi partagées entre cet impératif de vie et ces pulsions de mort.

Des guerres, des persécutions, des politiques racistes et xénophobes sont de plus en plus souvent justifiées par des groupes religieux qui instrumentalisent les textes et leurs traditions pour autoriser des crimes.

Ainsi en Inde, la quête de pureté de certains politiciens alliés à des religieux hindous, voit les minorités chrétiennes et musulmanes clairement persécutées.

En Israël, au nom d’un projet messianique dévoyé tiré d’une interprétation des Ecritures discutables, le droit des palestiniens à avoir eux aussi un pays, un territoire est systématiquement nié.

Heureusement, au sein de chaque famille religieuse et dans nos Eglises chrétiennes, des voix s’élèvent pour dire que tout n’est pas permis et que la loi du plus fort n’a souvent pas grand-chose à voir avec le droit et la justice.

Assurément, frères et sœurs, pour les chrétiens que nous sommes aujourd’hui en 2026, choisir la vie, c’est plus que jamais suivre le Christ, le Christ des Evangiles, le Christ vivant et présent parmi nous.

C’est justement ce Christ d’hier et d’aujourd’hui qui nous appelle à nous tourner vers les plus fragiles, les exclus, à accueillir inconditionnellement, celles et ceux qui tapent à la porte de nos Eglises, à prendre soin de la veuve, de l’orphelin comme de l’étranger.

Vivre, vivre au quotidien, nous le savons tous, c’est forcément faire des choix, accepter de se questionner. Cela peut parfois nous amener à remettre en cause nos propres valeurs, nos petites vérités bien souvent relatives et nous n’avons alors pas d’autres options que de tout remettre aux pieds de celui qui est la vérité absolue, notre Sauveur, le Fils du Très Haut.

Le suivre n’est pas un chemin facile et les risques de chutes et d’erreurs sont nombreux.

Plus que de chercher Dieu, de façon effrénée et désespérée, peut-être pouvons-nous plus simplement nous laisser trouver par lui, être disponibles à la découverte, à la rencontre avec Lui.

De grands théologiens chrétiens catholiques et protestants ont fait le constat de l’impossibilité de parler de Dieu, de témoigner de sa présence dans les situations de guerre, dans les tranchées, sous les avalanches de bombes.

Dans ces contextes-là, seule la malédiction et la mort semblent exister.

Choisir la vie, c’est refuser par avance les enchainements diaboliques qui peuvent conduire aux conflits armés, c’est, comme nous le demande avec insistance le Christ de Matthieu, être des artisans de paix.

Combien de fois le nom de Dieu a été invoqué pour justifier par avance les pires crimes ?

Du « Gott mit uns », « Dieu avec nous », inscrit sur les casques des hordes nazis jusqu’au « Dieu le veut » des croisades durant lesquelles l’avancée des chevaliers est jalonnée de massacre, ne citons que ceux de Constantinople et Jérusalem, à chaque aventure mortifère, Dieu est invoqué.

Il y a là un véritable blasphème ; Dieu est le Dieu de la vie, de la tolérance, de la paix et de la fraternité.

Il ne nous demande pas de bénir les armes et les canons comme le fait le patriarche Kirill de l’Eglise orthodoxe de Russie.

Dieu n’est pas un Dieu qui veut lancer de nouveaux conflits pour assouvir les fantasmes de puissance de certains dictateurs.

Aujourd’hui à nouveau, les disciples, les chrétiens que nous sommes, sont appelés à dialoguer, à tendre les mains, à apaiser les tensions, à faire baisser la pression, ici dans notre pays mais aussi partout dans le monde.

Le choix de la vie est un combat quotidien et les seules armes dont nous disposons sont les trois vertus théologales que Paul met en valeur dans sa première Epître aux Corinthiens :

« La foi, l’amour et l’espérance ».

La parole de Dieu, citée dans le Deutéronome n’a rien perdu de son actualité et sonne à nos oreilles avec toute sa pertinence à nouveau en ce jour :

« Choisis la vie et tu vivras toi et ta descendance… Aime le Seigneur ton Dieu ! Ecoute sa voix ! Reste-lui fidèlement attaché. Alors tu vivras et passeras de longues années dans le pays que le Seigneur a donné à tes ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob ».

Amen

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