PREDICATION POUR LE CULTE A MARMANDE DU 4 AOÛT 2024

Jean 6/24 à 35

Chers frères et sœurs,

C’est à nouveau une foule affamée mais aussi en quête de sens et de vérité qui suit, cherche et recherche Jésus après le « signe », le miracle de la multiplication des pains.

La très juste méditation de ce jour dans Parole pour tous est titrée « Pain et spiritualité » ;

Je vous propose d’écouter simplement le début de cette réflexion proposée par le pasteur Pascal Trunck de l’union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine. Voici ce qu’il écrit :

« L’Evangile de Jean permet de poser de manière originale la question de la relation entre le pain et la spiritualité ; est-ce que le pain n’est que nourriture ? Est-ce que la spiritualité n’est que donnée immatérielle ? Ne nous est-il pas permis de traiter ces deux éléments de manière complémentaire en estimant que le pain est tout à la fois une nécessité pour le corps et l’esprit tout comme la spiritualité nourrit l’âme et le corps »

Je trouve qu’en quelques mots, les bases de notre relation aux autres et avec le Seigneur sont posées. Les dimensions horizontales et verticales de la foi sont mises en évidence.

Le mot de compagnon signifie celui avec qui je partage le pain et il sous-entend un lien de fraternité. Je crois que l’on peut parler du groupe des 12, non seulement comme étant les disciples de Jésus mais aussi ses compagnons car le Seigneur n’a de cesse de partager le pain avec eux, avec nous.

Et vous le savez bien chers frères et sœurs, partager le pain, comme nous le ferons tout à l’heure est beaucoup plus que nourrir notre corps, c’est entrer en communion avec celles et ceux qui nous entourent, avec l’Eglise, « corps du Christ » et plus largement avec toute l’humanité.

M’est revenu à l’esprit, en rédigeant cette prédication, une très belle pensée du philosophe et théologien russe orthodoxe Nicolas Berdiaef ; il écrit simplement ceci :

« M’occuper de mon pain est une préoccupation matérielle, m’occuper du pain de mon frère est une préoccupation spirituelle ».

Le pain partagé lors de la Sainte Cène mais également lors de chaque repas n’est plus ainsi qu’un peu de farine et de levain. Il nous donne accès à une dimension spirituelle qu’il y a dans les gestes les plus anodins et les plus simples comme de manger, boire, respirer et partager.

Jésus qui s’adresse à une partie des 5000 personnes qui ont déjà pu nourrir leurs corps de pain et de poisson ainsi qu’à ces compagnons leur dit simplement ceci :

« Travaillez, non pas pour la nourriture qui est périssable, mais pour la nourriture qui dure et qui est source de vie éternelle. Cette nourriture, le Fils de l’homme vous la donnera, parce que Dieu, le Père, a mis sur lui la marque de son autorité ».

L’image d’un Dieu à qui l’on doit tout, irrigue les livres du premier testament et le passage du livre de l’Exode que nous avons écouté l’illustre à merveille avec le don de la manne et des cailles en plein désert.

Dans nos pays, appelés « pays riches », nous oublions parfois un peu vite qu’il y a parmi nous des personnes qui ne mangent pas toujours à leur faim. Nombreux sont ceux pour qui manger et nourrir ses proches est un combat quotidien. Hors de nos frontières, ce sont des pays ou des régions entières qui voient leurs populations lutter pour leur survie face aux famines ou à l’absence criante de denrées alimentaires.

On oublie souvent un peu trop vite que les mouvements migratoires sont généralement les conséquences de questions de survie.

Face aux plus démunis, Jésus nous appelle à œuvrer pour plus de générosité et plus de partage.

Comme le disait Berdiaef, chers amis, le pain pour mon prochain, le pain pour celui qui a faim est vraiment un problème, une question spirituelle.

Cela peut nous faire penser aux 3 S que l’armée du salut a pris pour devise. Ces 3 S qui sont : Soupe, Savon, Salut. Je trouve que l’ordre qu’a choisi son fondateur, le pasteur William Booth pour évoquer ces trois réalités est très important.

Comment parler du salut à un être humain qui ne peut même pas se laver et qui a le ventre vide ? Comment parler de dignité à un homme, une femme qui ont faim ? Comment nous chrétiens, pourrions-nous évoquer le Christ en restant indifférents aux souffrances de tant de nos vis-à-vis ?

Relevons d’ailleurs que Jésus, dans les récits évangéliques et chez Jean en particulier, a toujours le souci premier de secourir, de venir en aide aux personnes en souffrance.

Il veut restaurer chacun, et relevons que ce verbe a plusieurs significations : restaurer, c’est nourrir, c’est donner à manger, mais on peut aussi restaurer la dignité d’un homme, lui restaurer son intégrité.

Le salut du peuple juif durant l’Exode dans le Sinaï a été rendu possible par l’intervention de Dieu qui l’a restauré avec la manne et les cailles mais qui a aussi nourri leur foi et leur espérance car ils savaient ne jamais être abandonnés.

Jésus le rappelle à ses auditeurs : « Oui, je vous le déclare, c’est la vérité, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain des cieux, mais c’est mon Père qui vous donne le vrai pain des cieux. Car le pain de Dieu, c’est celui qui descend des cieux et qui donne la vie au monde »

Oui chers amis, alors que je débutais cette prédication par cette petite réflexion sur « pain et spiritualité », reconnaissons que seul Dieu peut répondre à notre faim, étancher notre soif.

La vie n’est pas pour nous qu’une réalité biologique et organique. Nous ne sommes pas qu’un ensemble de cellules et d’organes, fruits d’une évolution qui s’étale sur plusieurs millions d’années.

Jésus se présente lui-même comme le pain de vie. Il est celui qui nous ouvre les portes des réalités spirituelles.

Notre époque et notre monde semblent pourtant terriblement en manque de spiritualité. Nos Eglises se vident et nombre de nos contemporains cherchent ailleurs des raisons de croire et d’espérer au risque bien réel d’être la proie d’idéologies ou de doctrines malsaines et parfois bien dangereuses.

A nous chers amis, dans ce monde et cette société malmenés et déboussolés de faire connaitre et de partager ce « pain de vie » qu’est le Seigneur.

Je crois qu’humblement, modestement, les entraides, la diaconie, les associations comme l’ACAT, la Cimade ou le Secours catholique montrent que les chrétiens entendent aussi être des acteurs du « vivre ensemble » et des témoins actifs d’un Sauveur qui s’adresse à chacun, à chacune, qui restaure, qui soigne, protège et réconforte. Cela se passe de mots et de grands discours.

Il y a des gestes, des attitudes et des comportements qui disent plus que les mots.

Dans notre quête spirituelle, notre cheminement intérieur, nous sommes nombreux à trouver que la rencontre avec le Seigneur nous a apaisé.

En ce temps estival, synonyme de repos et de ressourcement, soyons persuadés de cette Parole qu’il prononce à nouveau aujourd’hui à notre intention :

« Moi je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim et celui qui croit en moi n’aura jamais soif »

Amen

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