PREDICATION POUR LE CULTE A MARMANDE DU 11 MAI 2025

Jean 10/ 27 à 30 et Apoc. 7/9 à 17

Chers frères et sœurs,

Quel beau et mystérieux livre que ce livre de l’Apocalypse qui vient clore les Ecritures et cette Bible à laquelle, nous protestants, sommes si attachés.

L’Apocalypse est-elle un récit hermétique, ésotérique ? Décrit-elle les catastrophes à venir et une fin programmée et inéluctable ?

C’est souvent l’image que beaucoup en ont, parfois même chrétiens et il est vrai que de bien mauvaises lectures et interprétations sont allées dans ce sens, en surfant sur les peurs et les angoisses des temps présents.

Par-delà ces erreurs et ces approximations, rappelons-nous simplement qu’il y a de nombreux passages apocalyptiques dans le premier Testament comme dans le nouveau et qu’il faut plutôt les aborder comme des incitations à la confiance et à l’espérance. Apocalypse ne veut-il pas dire en grec « révélation » ?

La volonté des auteurs de ces textes et particulièrement de Jean de Patmos qui a écrit cet ultime livre est d’ouvrir une perspective d’avenir par-delà les épreuves et les souffrances vécues par leurs contemporains.

Oui chers amis, dans notre monde déboussolé et qui semble parfois perdu et alors que nous avons fêté Pâques il y a tout juste 3 semaines, revenons sur les enseignements de ce texte.

Il n’est pas inutile non plus de nous rappeler que le livre de l’Apocalypse fut écrit au tournant des premier et deuxième siècle et qu’il est adressé à des communautés chrétiennes d’Asie mineure en pleine crise, due probablement à des persécutions à l’époque de l’empereur Domitien.

La précarité et les difficultés traversées par ces jeunes Eglises expliquent sans doute l’intensité et la coloration prophétique de ce livre. Cet écrit a encore bien des choses à nous dire, car l’histoire de l’humanité jusqu’à aujourd’hui voit l’alternance de périodes de crises, de conflits et de guerres puis de période de paix et de cohabitation amicale entre peuples et nations.

Le message de l’Apocalypse prolonge celui des Evangiles et de la Bonne Nouvelle.

Pas plus hier qu’aujourd’hui, il n’y a à craindre une fin du monde programmée et inéluctable…. Tout au plus, la fin d’un monde, d’un certain nombre de ses valeurs qui échouent à faire prévaloir la paix et la justice pour tant de nos contemporains.

Scrutons et écoutons le récit et les paroles de Jean de Patmos. Il évoque une « foule immense » qui vient s’ajouter aux 144 000 élus.

L’auteur écrit que cette foule était constituée « de gens de tous pays, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue » (Ap. 7/9)

Cette description peut nous parler encore aujourd’hui. Ces gens issus de toutes les nations symbolisent une Eglise véritablement universelle qui n’est ni judéo-chrétienne, ni spécifiquement grecque ou romaine.

Christ, l’agneau de Dieu est venu pour tous et en 2025 encore, il nous faut lutter contre toutes les tentatives d’appropriation identitaire, contre les désirs d’avoir une Eglise nationale, ethniquement pure, dont seul, un pouvoir et une autorité centralisés décideraient qui en fait partie.

L’Eglise du Christ est trans-nationale, elle dépasse toutes les frontières que les hommes ont créées.

Elle est constituée de ces foules immenses à qui Jean fait dire : « Le salut vient de notre Dieu, qui siège sur le trône, et de l’agneau » (Apoc. 7/10)

Le Christ que nous avons fêté à Pâques, l’agneau immolé n’appartient pas à un clan ou bien à une caste.

Il est bon de se rappeler qu’en cette année 2025, hasard du calendrier, les chrétiens de toutes les confessions, catholiques, orthodoxes, protestants, coptes et ceux d’Orient ont fêté Pâques le même jour. C’est une immense et fraternelle communion qui a ainsi pu avoir lieu.

Nous étions là, pendant quelques heures au cœur du message de l’Apocalypse, dans un entre-deux, un temps suspendu durant lesquels ont aimerait que les haines, le fracas des armes et les divisions qui tuent cessent.

Je trouve que les paroles et la prière que l’auteur Jean de Patmos attribue aux anges sont également lourdes de sens ; écoutons-les à nouveau :

« Amen ! Oui la louange, la gloire, la sagesse, la reconnaissance, l’honneur, la puissance et la force sont à notre Dieu pour toujours !

Amen »

Il y a là une liste d’attitudes et de qualités qui concernent au premier chef notre relation à Dieu, à Dieu seul.

Cela implique que l’on ne saurait louer ou glorifier un homme, quand bien-même serait-il empereur, pape ou bien dirigeant d’une grande puissance.

Les protestants aiment à rappeler ce « refrain », cette litanie, « A Dieu seul la gloire ».

Méfions-nous, défions-nous de tous chefs d’état, responsables politiques, parfois religieux qui aimeraient se présenter comme des sauveurs. Ils sont le plus souvent bien plus préoccupés de leur destin personnel que du souci de venir en aide aux plus fragiles, que du désir d’instaurer la concorde et une vraie fraternité.

Dans les temps de persécution, les périodes difficiles de l’histoire et je crois qu’en ce mois de mai 2025, nous sommes dans une telle période, nombreux sont celles et ceux qui seraient tentés de donner leur crédit et leur confiance à un homme providentiel, un gourou bien souvent autoproclamé. La vigilance et la lucidité s’imposent.

Au temps des empereurs Néron puis Domitien, ces autocrates ne pouvaient supporter que les chrétiens rendent un culte à un autre qu’eux-mêmes.

Il y a, chers amis, une force véritablement subversive dans la foi et les pratiques chrétiennes.

C’est sans doute pour cela qu’en de maintes occasions et au cours de l’histoire, nombre de dictateurs et de régimes autoritaires n’ont eu qu’un seul désir : asservir les Eglises et tenter de les contrôler. Le régime nazi créa ainsi le concept de « chrétien allemand » et les hordes du Reich avaient gravé sur leurs casques le célèbre « Gott mit uns », « Dieu avec nous ».

Le désir d’avoir un Dieu à sa botte est effectivement le propre de ces régimes dont le seul vrai dieu était naturellement celui qui dirigeait le pays ou l’empire d’une main de fer.

Le message du livre de l’Apocalypse est sans doute là, dans sa simplicité et sa profondeur : par-delà les tribulations, la violence institutionnelle à l’endroit des innocents, des peuples et des disciples de l’agneau, la victoire finale sur les forces de destructions et de mort est assurée.

Dans la détresse, la solitude, quand le sentiment d’abandon est là et que le désespoir nous guette, Dieu est là et se manifeste dans son immense amour pour nous, lui qui a partagé notre condition humaine devenant l’agneau immolé.

Et « l’agneau immolé », le Christ du Golgotha, le ressuscité du matin de Pâques n’appartient à aucune Eglise en particulier.

Nous pouvons lui rendre un culte car il est celui qui prend particulièrement soin de chacun et chacune de nous.

L’auteur du livre de l’Apocalypse nous rappelle simplement que ceux qui le suivent « n’auront plus jamais faim, ni soif ; ni le soleil, ni aucune grande chaleur ne les brûleront plus »

Cette promesse et cette espérance nous poussent à voir plus loin que les persécutions présentes, que les tragédies vécues en ce moment aux quatre coins de la planète.

Le message de l’Apocalypse n’est ni un cri désespéré ni un appel à baisser les bras et reconnaître notre impuissance face à l’omniprésence du mal et à son pouvoir.

Nous croyons que Dieu n’est ni dépassé, ni impuissant face aux tragédies qui s’abattent sur tant d’humains.

C’est dans la ferveur et l’unité qu’avec tous les disciples, tous les chrétiens, dans leur immense diversité, nous sommes appelés à nous tourner vers le trône de l’agneau.

Jean de Patmos nous délivre un puissant message d’espérance quand il écrit ;

« Car l’agneau qui est au milieu du trône sera leur berger et les conduira aux sources d’eau vive. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » Amen

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