Chers frères et sœurs chrétiens de Tonneins,
C’est avec les quelques versets de l’Epître de Paul aux Ephésiens qui ont été choisis par nos amis arméniens pour cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens du monde entier et plus particulièrement ce passage qui suit que je vous propose de méditer :
« Il y a un seul corps et un seul Esprit de même que votre vocation vous a appelés à une seule espérance » (Eph. 4/4).
Dans cette quête d’unité qui transcende toutes nos différences, toutes nos divisions, toutes nos séparations, Paul hier, nos frères et sœurs arméniens aujourd’hui nous rappellent qu’«Il n’y a qu’un seul Seigneur, qu’une seule foi, qu’un seul baptême ; qu’un seul Dieu et Père de tous qui règne sur tous et demeure en tous » ( Eph. 4/6).
On peut trouver aujourd’hui, en ce mois de janvier 2026 que cette recherche d’unité, unité qui, rappelons-le n’est en aucun cas l’uniformité, que cette recherche disais-je, a un caractère impérieux, un caractère d’urgence.
Est-il besoin de rappeler que l’une des traductions possibles du mot grec diabolos qui a donné le diable est « le diviseur », celui qui « désunit » ?
La recherche de l’unité et cette célébration œcuménique de ce soir à Tonneins sont la meilleure des réponses à donner à toutes ces forces centripètes qui nous poussent à nous éloigner les uns des autres sous le prétexte que nous n’appartenons pas à la même Eglise, que nous ne fréquentons pas la même chapelle ou bien que nos différences ecclésiales et théologiques seraient insurmontables.
Loin de nous l’idée de gommer ces différences ou nos particularités qui sont souvent le fruit d’une longue histoire et de vieilles traditions.
Mais comme le professait le grand pasteur luthérien Oscar Cullmann, inlassable artisan de l’œcuménisme, nous sommes chacun, chacune appelés à travailler à « l’unité dans la diversité ».
Et cette diversité est aussi source de richesse et d’émerveillement. Quelle joie effectivement de découvrir chez nos amis arméniens, chez les chrétiens d’Orient, ceux d’Afrique ou d’Amérique latine une autre manière de louer Dieu et de vivre sa foi.
J’ai personnellement dans ma famille un jeune homme chrétien de l’Eglise orthodoxe éthiopienne et je suis profondément touché et ému de voir sa ferveur, de découvrir les rites et les traditions qui sont les siens et ceux de son Eglise.
Cette recherche de l’unité dans la diversité nous ouvre à l’altérité et nous prémunie contre une tendance et un risque qui peuvent être ceux de beaucoup trop d’Eglises en ce moment quand elles pensent et disent : « En dehors de nous, point de salut ».
Dans sa déclaration de foi de 2017, à l’occasion du 500ème anniversaire de la Réforme, l’Eglise Protestante Unie de France que je représente ici affirme qu’elle se « comprend comme l’un des visages de l’Eglise universelle »
Cela veut dire clairement qu’aucune Eglise, aucune confession, aucune dénomination ne peut prétendre à elle seule délimiter les frontières du christianisme, posséder exclusivement la vérité du Christ.
Oui chers amis, le Christ des Evangiles n’a de cesse de se tourner vers les autres pour en faire des disciples, que ce soit des petites gens, des exclus, des étrangers qu’ils soient Romains, Syro-phéniciens, Ethiopiens ou Samaritains.
Comme il serait triste et affligeant de gommer toutes ces différences sous le prétexte de bâtir une fausse unité qui ressemblerait furieusement à un puissant désir d’uniformité et d’uniformisation.
Paul, dans ces mots envoyés aux chrétiens d’Ephèse leur rappelle qu’il n’y a qu’un seul corps et un seul Esprit.
L’image du corps est reprise dans le Nouveau Testament pour nous rappeler qu’il comporte plusieurs membres, plusieurs parties qui se complètent et ont chacun, chacune leur rôle et leur importance.
Pour avoir vécu dans le monde caraïbéen et avoir voyagé à plusieurs reprises au Brésil, je me doute que la liturgie luthéro-réformée et la manière de louer Dieu qui est la sienne ne correspondent pas vraiment à la sensibilité et à la ferveur latino-américaine.
Est-ce vraiment un problème ? Cela est-il insurmontable pour vivre la communion fraternelle ?
Je ne le pense pas et nos amis arméniens qui ont travaillé sur ces célébrations œcuméniques de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens non plus.
Dieu en Christ nous pousse en effet à dépasser nos craintes, à vaincre nos peurs : peur d’une dissolution de notre identité ecclésiale, d’une perte de nos traditions, peur de tomber dans une espèce de relativisme théologique où tout se vaudrait.
Je crois que notre Dieu, l’Eternel prend plaisir à ce qu’il y ait différents chemins, différentes voies qui mènent à lui.
Le grand théologien catholique, le jésuite Pierre Teilhard de Chardin disait que « tout ce qui monte converge ». Son contemporain, le célèbre naturaliste protestant Théodore Monod disait la même chose lorsqu’il écrivait ceci : « Nous gravissons tous la même montagne, mais en empruntant des chemins différents ».
C’est peut-être cela chers frères et sœurs tonneinquais ; catholiques, protestants, orthodoxes, nous cheminons côte à côte, en nous croisant et nous recroisant régulièrement et en sachant pertinemment que plus nous serons proches du Dieu de Jésus-Christ, plus proches les uns des autres nous serons également.
A l’image de l’Eglise, « corps du Christ », nous souffrons lorsque l’une des parties de ce corps est fragilisée. Nous ne pouvons rester insensibles lorsque des chrétiens sont persécutés, des Eglises en péril ou des communautés stigmatisées et exposées au danger.
La situation de nos amis arméniens illustre particulièrement bien cette fragilité, cette précarité, cette difficulté à se projeter sereinement dans l’avenir.
C’est en l’an 301 que le christianisme devient la religion officielle, la religion du Royaume d’Arménie ; c’est-à-dire bien avant la conversion de Constantin et l’apparition de notre religion dans l’empire Romain.
De cela, nos amis arméniens sont très fiers et comme tous les chrétiens d’Orient, ils nous rappellent combien nos prières, notre soutien et notre fraternité à leur endroit sont essentiels.
En ce temps de célébration œcuménique et d’unité, nos pensées se tournent vers les chrétiens persécutés, pris en tenaille par des tensions géopolitiques ou par des pouvoirs qui remettent constamment en cause leur survie et leur droit à l’existence.
Savez-vous qu’en Inde, les chrétiens sont près de 40 millions ? Avec les musulmans, autre minorité religieuse de ce pays le plus peuplé au monde, ils subissent des humiliations et voient le simple exercice de leur foi les mettre quotidiennement en danger.
Pour ce qui est de nos amis arméniens, entre un état russe, censé les protéger, mais qui a trop à faire en Ukraine pour cela et un Azerbaïdjan conquérant et soutenu par la puissante Turquie, c’est un futur bien sombre qui se dessine.
Oui chers amis chrétiens de Tonneins, quand une partie du corps est atteinte d’une maladie, c’est le corps entier qui est en souffrance, c’est Christ lui-même, tête de l’Eglise universelle qui nous appelle à nous mobiliser pour soutenir le membre fragilisé. Nos Eglises respectives ne sont jamais aussi belles que quand elles s’engagent sur le chemin du dialogue œcuménique, que quand elles arrivent à dépasser leurs frontières ecclésiales en affirmant que, définitivement, ce qui nous unit est beaucoup plus important que ce qui nous sépare ou nous oppose.
Dieu, en Christ, ne nous demande pas de choisir la plus belle Eglise, la plus fidèle à la Parole ou celle qui est censée être la plus conforme à ses exigences. Bien souvent, nous adoptons l’Eglise qui nous a vu naître ; plus rarement nous la choisissons pour des raisons intimes et personnelles.
Reconnaissons simplement, qu’à l’image de l’arc en ciel, signe de paix et d’alliance, Dieu prend plaisir à voir une Eglise universelle bariolée, multicolore, présente sur les 5 continents et riche de ses diversités.
Réjouissons-nous avec Lui de cette diversité ; exerçons-nous à une fraternité qui dépasse tous nos clivages et travaillons sans relâche à cette unité qu’il appelle définitivement de ses vœux par la bouche de son Fils Jésus-Christ, notre Seigneur qui nous dit :
« Je prie pour que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi » (Jean 17/21).
Amen