Chers frères et sœurs,
Nous nous retrouvons en ce dimanche 8 juin pour célébrer Pentecôte, cette fête qui pour nous chrétiens trouve son origine dans le récit des actes que nous venons d’écouter.
Mais la Pentecôte chrétienne ne sera vraiment fêtée qu’à partir du IVème siècle de notre ère, venant se greffer sur la célébration juive de Shavouot qui était l’occasion, 50 jours après Pâques de réjouissance pour les moissons et les récoltes.
La Pentecôte juive va d’ailleurs progressivement évoluer vers une célébration du don de la Tora au Sinaï.
Quels sens, quelles significations et quels enseignements nous donnent ce récit de la première Pentecôte vécue par ces témoins qui, il y a quelques semaines à peine vivaient la mort et la résurrection de leur maître ?
Qu’en apprendre et qu’en retirer pour nous aujourd’hui en 2025 ?
Est-ce simplement faire mémoire d’un récit imagé, coloré où presque tous les sens de ces personnes présentes sont mis à contribution ? Ou plus profondément, n’est-ce pas s’interroger sur un message d’espérance et de fraternité porté par la présence spirituelle du Christ ?
Les commentateurs hésitent sur le nombre de témoins de la première Pentecôte ; le groupe des 12 reconstitué, quelques pèlerins, une assemblée de 120 croyants clairement désignée dans le premier chapitre du livre des Actes doivent constituer cette petite foule.
Luc l’évangéliste qui a rédigé comme vous le savez ce livre n’est pas avare de détails sur cet événement extraordinaire ; un grand bruit, un violent coup de vent puis des langues de feu qui se posent sur chaque personne présente.
C’est une véritable théophanie, une manifestation divine qui se déroule au fur et à mesure de ce récit étonnant.
« Ils furent tous remplis de l’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » écrit Luc.
Christ l’avait annoncé dans les Evangiles, « Je ne vous abandonnerai pas, je vous enverrai un avocat, un défenseur, ce Paraclet, autre nom du Saint Esprit »
Et ce Saint Esprit n’est pas seulement la présence spirituelle du Christ parmi les humains, il leur donne également la capacité de s’exprimer dans toutes les langues, tous les dialectes et tous les idiomes.
Le don des langues à la première Pentecôte c’est la réponse de Dieu au récit de Babel, à la dispersion des hommes qui ne se comprennent plus.
On assiste-là à un véritable miracle de la communication : un seul et même message que tous peuvent entendre dans leurs propres langues, leurs langues maternelles.
Galiléens, Parthes, Mèdes, Mésopotamiens, Phrygiens, Egyptiens, arabes, crétois, libyens, plus de barrières infranchissables, plus de séparations et de frontières fermées, Dieu s’adresse à tous et à chacun en particulier dans la langue qu’il connait et qu’il utilise.
Ne trouvez-vous pas, frères et sœurs, qu’il y a, dans ce récit de la Pentecôte, un message d’une étonnante modernité qui lui donne véritablement un caractère d’urgence ?
Je ne suis pas certain que les chrétiens d’Ukraine et de Russie reçoivent et comprennent un même message d’amour et de fraternité entendus pourtant dans leurs langues slaves si proches.
En 2025, si le dialogue œcuménique a fait quelques progrès depuis 60 ans, reconnaissons que les chrétiens des différentes confessions, de langues et de cutures variées ont souvent encore bien du mal à se tolérer et à trouver un chemin d’entente.
Lorsque je lis ce récit de la première Pentecôte, je ne peux m’empêcher de penser aux premiers réformateurs et au protestantisme naissant qui verra la Bible jusque-là confisquée par l’Eglise catholique car écrite en latin, traduite en toutes les langues vernaculaires.
A Pentecôte, on bascule de la dispersion, la confusion à l’universalité, à l’unité dans la diversité : un seul Esprit, un seul message qui parle et s’adresse à tous.
La multiplicité des langues, des cultures n’est plus un obstacle à la diffusion de l’Evangile, elle en devient une richesse et un atout.
Et cela est vrai aujourd’hui encore. L’entre-soi, les fausses sécurités données par le sentiment d’appartenance à un club fermé où chacun parle la même langue, a la même couleur de peau nous enferment et nous empêchent de nous ouvrir à la différence, à l’altérité .
Quelle richesse, frères et sœurs de partager sa foi, la vie communautaire avec des amis africains, asiatiques ou latino-américains.
Nous croyons et nous affirmons que, comme nous, les chrétiens coptes d’Egypte ou d’Ethiopie, les évangéliques du continent américain sont aimés de Dieu et qu’en Christ, nous sommes appelés nous aussi à les aimer.
Oui, chers amis, nous pouvons nous réjouir de ce message d’unité et de fraternité en cette Pentecôte 2025.
Notre Epudf va renter dans une réflexion sur l’Eglise universelle, thème qui sera abordé lors des prochains synodes régionaux.
Veillons à ce que le témoignage de l’Evangile puisse s’adresser à chacun, à chacune, dans un langage qui lui parle.
Dans notre monde si divisé, si fracturé, lieu de tant de conflits et de guerres, cette Eglise universelle en laquelle nous croyons nous porte et nous appelle à nous tourner vers l’extérieur, vers ceux qui sont différents de nous.
Avec la Pentecôte, nous entrons dans un temps nouveau, celui de la présence spirituelle du Christ à nos côtés.
Dieu, en son Fils, a pris fait et cause pour une humanité riche de ses diversités. Il n’est plus seulement Yahvé, Adonaï, le Dieu du peuple hébreu, il devient de Dieu de tous les hommes, ouvrant les cœurs et les esprits à son message de fraternité et de paix.
Sous son regard et à son écoute, les peuples, les nations, les sociétés et les communautés humaines découvrent que toutes les guerres, tous les conflits sont des fratricides.
Reconnaissons qu’il ne nous est pas toujours facile, même en Eglise, de pratiquer un accueil inconditionnel, de pratiquer l’amour du prochain et de dialoguer fraternellement en particulier avec les autres confessions chrétiennes.
Mais au sein de notre Epudf qui est notre famille spirituelle, nous n’avons jamais dit : « En dehors de nous, point de salut ».
La petite foule bigarrée, colorée qui vit cette première Pentecôte nous interroge et nous questionne :
« Sommes- nous encore capables de discerner la présence et le travail du Saint Esprit parmi nous ? Pouvons-nous être gagnés par la joie profonde que donne le sentiment d’appartenir à la grande famille chrétienne bien au-delà de notre petite communauté locale ? »
Comme nous aujourd’hui, comme les témoins et acteurs de cette première Pentecôte, nous découvrons ou re-découvrons que Christ n’a pas déserté notre monde et qu’il tient ses promesses.
Dans l’évangile de Jean, le Seigneur s’adresse à ses disciples leur rappelant ceci :
« Moi, je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours » (J 14/19)
Cet Esprit de vérité, il nous habite en ce jour de fête, en ce jour de Pentecôte.
Le Christ de la dernière Pâques, du Golgotha s’en est allé mais il ne nous abandonne pas, il tient ses promesses.
« Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous. »
Sachons accueillir avec joie et simplicité sa présence ce matin, il nous dit :
« Celui qui s’attache à mes commandements et celui qui m’aime sera aimé de mon Père et à mon tour, moi, je l’aimerai et je me manifesterai à lui » (Jean 14/21)
Amen