PREDICATION POUR LE CULTE DU 22 DECEMBRE 2024 A TONNEINS

Michée 5/ 1 à 5 et Luc 1/39 à 45

Chers frères et sœurs,

Pour petits et grands, les jours passent, le calendrier défile sous nos yeux et en ce 4ème dimanche de l’Avent, à 3 jours de Noël, nous découvrons ou redécouvrons la belle rencontre entre Elisabeth et Marie, telle que la narre l’évangéliste Luc.

Nous ne savons pas exactement quel est le degré de cousinage entre les deux femmes, Luc évoquant simplement une parenté.

Mais plus que cette parenté, ce sont probablement de puissants liens d’affection qui les unissent.

A travers ce récit de rencontre, on voit combien les femmes jouent un rôle essentiel, fondamental dans ce début de l’Evangile lucanien.

Attendre un enfant pour chacune est un évènement qui était il y a peu hautement improbable, totalement imprévu.

Luc écrit au début de ce même chapitre que Zacharie et sa femme n’avaient pas d’enfant car Elisabeth ne pouvait pas en avoir alors qu’ils étaient âgés tous les deux.

Quant à Marie, lorsque l’ange lui annonce : « Bientôt tu seras enceinte et tu mettras au monde un fils que tu appelleras du nom de Jésus ! », grande est sa surprise, puisque le texte nous dit qu’elle n’a pas connu d’hommes.

En résumé, Elisabeth, qui n’espérait plus avoir un enfant est enceinte aux portes de la vieillesse et Marie va porter celui dont l’ange lui dit qu’il sera le Fils de Dieu.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le début de ces écrits, Luc nous plonge dans le merveilleux ; l’extraordinaire de Dieu vient percuter, bousculer l’ordinaire de la vie de ces deux femmes et poser le décor de la naissance de Jésus.

Mais au-delà des aspects aujourd’hui difficiles à croire et à accepter pour nous, disciples et croyants du XXIème siècle, soucieux de lire ces textes avec raison et une approche historico-critique, tâchons surtout de voir et de comprendre ce qu’ils peuvent nous dire de Dieu, de sa présence au monde, de son implication et de ses interventions dans notre quotidien.

Ce passage est tout simplement le récit d’une visite, on l’a parfois d’ailleurs appelé : « La visitation »

A 3 jours de Noël mesurons-nous toujours ce que peut avoir de précieux, d’essentiel, une visite, une rencontre avec un proche, un voisin, un ami, une personne de notre famille ?

Savons-nous goûter pleinement la saveur de ces moments d’intimité entre une mère et ses enfants, des grands-parents et leurs familles agrandies, des frères et des sœurs heureux de se retrouver ?

La Bible n’est pas avare d’histoires de jalousies, de vengeance, de disputes au sein même de certaines familles.

Mais aujourd’hui, en ce dernier dimanche de l’Avent et alors que Noël est si proche, retenons de cette rencontre entre les 2 femmes ce qui en est le plus important : la joie, la joie de deux mères, deux parentes, chacune enceinte, une joie qui voit Marie saluer Elisabeth et l’enfant de cette dernière bondir dans son ventre.

Une joie qui voit la femme âgée dire à sa jeune cousine :

« Dieu t’a béni plus que toutes les femmes et sa bénédiction repose sur l’enfant que tu portes ! »

Le très important théologien suisse Karl Barth écrivait ceci à propos de cette rencontre :

« L’Eglise est là, là où deux personnes insignifiantes, deux simples femmes, sont liées étroitement, unies dans l’espérance qui, par la parole de Dieu, est entrée dans leur cœur. Car dans cette espérance, celui qu’elles espèrent est déjà présent.

Là où sont Marie et Elisabeth, là est Dieu. Là aussi est Jean-Baptiste. Tout ceci est présent ; c’est déjà un évènement secret, il est vrai mais réel dans la rencontre de ces deux femmes, de ces deux futures mères. Le Sauveur est là et Jean le salue dès le sein de sa mère.

Si Marie est bénie entre toutes les femmes, c’est qu’est béni le fruit de son corps ».

Vous le voyez, chers amis, joie et bénédictions précèdent la naissance de Jésus et joie et bénédictions peuvent aussi nous habiter en ce jour qui nous rapproche du Noël 2024.

Car attendre et préparer la naissance du Messie qui vient, c’est aujourd’hui encore se sortir d’un quotidien et d’une actualité terriblement anxiogène.

De quoi nos lendemains sauront-ils faits ? A quand la nouvelle catastrophe climatique ? Il y a peu à Valence en Espagne, ces derniers jours à Mayotte et dans tant d’autres endroits du monde moins médiatisés, les jours qui passent voient se succéder de nouvelles tragédies.

Sur le plan diplomatique, politique et militaire, nous assistons avec tristesse au développement de conflits qui semblent sans fin. Leur cortège d’horreurs, les milliers de victimes témoignent d’un monde qui semble bien loin de la joie et de la simplicité d’une rencontre entre deux femmes et de ce Noël 2024.

Elisabeth, bouleversées par l’arrivée de Marie, reconnait en cette dernière, une mère qui porte en son sein le projet de Dieu pour toute l’humanité.

« Qui suis-je pour que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » lui dit-elle. Luc nous précise que la vieille femme est remplie de l’Esprit Saint à l’arrivée de sa parente.

Face à l’avalanche des mauvaises nouvelles que nous évoquions à l’instant, avec les soucis personnels qui peuvent parfois être les nôtres, la disponibilité et la sincérité de Marie et d’Elisabeth sont des exemples pour nous.

En ce temps de l’Avent et à l’approche de Noël, il est salutaire de s’affranchir de la lourdeur des informations quotidiennement relayées par les radios, télévisions, journaux et réseaux sociaux.

Avec la rencontre de Marie et Elisabeth, nous entrons dans une autre dimension ; celle de l’attente confiante, d’une espérance qui s’incarne, d’un Dieu qui se fait homme, qui va venir partager notre condition humaine, par amour.

Nous n’avons aucune culpabilité à avoir à être joyeux et à nous laisser gagner par ce bonheur intense et profond qu’il y a à fêter dans quelques jours la naissance de Jésus.

Et que cela soit accompagné de cadeaux les uns pour les autres, de repas animés ne doit pas non plus nous culpabiliser.

Si nous sommes réunis ce matin et si nous nous retrouverons pour la plupart d’entre-nous mercredi prochain, c’est que nous ne voulons pas que l’agitation de la fête nous fasse oublier, ignorer l’essentiel.

Comme Elisabeth, comme Marie, nous nous réjouissons d’abord et avant tout pour le salut que Dieu nous offre, pour Jésus, nom qui signifie en hébreu, « Dieu sauve ».

Et dans notre monde qui semble perdu, dans lequel tant d’êtres humains errent sans but et semblent complètement déboussolés, nous chrétiens, disciples et fidèles, suivons ce chemin, ce chemin qui est Jésus-Christ Lui-même.

Bien sûr, il n’y aura peut-être pas de miracles durant ces jours de fêtes. Pour certains d’entre-nous, ils auront juste été une petite parenthèse entre des gros soucis et des difficultés quotidiennes.

Mais à nouveau et pour la plupart d’entre nous, ces temps bénis de Noël, vécus intensément vont nous permettre de renforcer les liens d’affection qui nous unissent à nos proches, dans la reconnaissance à ce Dieu qui nous donne son Fils.

L’innocence, la fraicheur et la joie simple de Marie nous touche et nous émeut. Elle nous renvoie au bonheur profond de chaque future mère qui attend sereinement la naissance d’un enfant à venir.

Pour nous chrétiens, ce temps de l’Avent, c’est un temps d’attente, le temps de la patience, un peu comme une femme qui porte en elle une vie, qui, comme le disent les Ecritures attend que Dieu ait tissé en son sein l’enfant à venir.

Il faut 9 mois pour tisser un enfant, 20 ans pour faire un adulte, 80, 90 ans pour accomplir une vie.

Que ces 3 jours qui nous séparent de Noël soient emplis des cris des petits, des soupirs et des sourires des parents, des larmes de bonheur de nos anciens.

Gardons en nous cette parole d’Elisabeth :

« Tu es heureuse, tu as cru que le Seigneur accomplira ce qu’il t’a annoncé »

Comme Marie, croyons que Dieu tient et tiendra ses promesses.

Amen.

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