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PREDICATION POUR LE CULTE DU DIMANCHE 17 NOVEMBRE 2024 A MARMANDE
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Marc 13/24 à 32
Chers frères et sœurs,
On pense que l’Evangile de Marc a été écrit dans une période de guerre et de troubles profonds en Israël, cette période précédant ou étant contemporaine de la destruction du temple de Jérusalem par les Romains. Tout ce qui avait constitué le cadre des récits évangéliques semblait s’écrouler, ce qui peut expliquer maintes paroles prophétiques du Christ.
Les paroles de l’évangéliste sonnent à nos oreilles comme la fin du monde : « En ces jours-là, après une pareille détresse, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa clarté. Les étoiles tomberont des cieux et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées » (Marc 13/24 et 25).
Cette description est glaçante et terrifiante mais retournons-nous quelques instants sur 2 millénaires d’histoire humaine et faisons le constat que ce Christ qui vient, a toujours ouvert un espace, une porte sur l’espérance d’un renouveau, d’une renaissance que Marc va illustrer par la parabole du figuier.
En même temps que je rédigeais cette prédication, ma fille, actuellement en voyage en Italie, m’envoyait des photos de la ville de Pompéi, de ces ruines très évocatrices, de ces corps pris par surprise et conservés par la cendre et la lave.
En l’an 79, le Vésuve, célèbre volcan entre en une très violente éruption qui va projeter un nuage de cendres et de poussières jusqu’à une hauteur de 30 km.
Je trouve que les mots qu’emploie Jésus dans ce que l’on appelle « l’apocalypse de Marc » auraient pu parler aux habitants de Pompéi et aux rescapés nombreux de ce cataclysme. Les spécialistes disent que lors de l’éruption du Vésuve, le nuage produit par le volcan a très probablement couvert une bonne partie du continent européen.
Mais vous le savez, frères et sœurs, la catastrophe de Pompéi n’était pas la fin du monde, mais plutôt la fin d’un monde !
L’histoire des hommes est jalonnée de tragédies, de catastrophes naturelles, de guerres et de conflits dévastateurs qui ont pu faire croire un instant que la fin des temps était là.
Vous savez comme moi, combien nombreux, en ces périodes troublées de l’histoire surgissent des « prophètes de malheur » qui surfent sur la peur et l’angoisse cherchant à recruter et gagner à leur cause des personnes perdues et en mal de repères et d’espérance.
Pour autant, nous chrétiens, ne saurions tomber dans ces pièges grossiers, tendus par des personnes qui connaissent bien peu ou bien mal les Ecritures.
Générations après générations, périodes tragiques ou heureuses se succèdent. Christ a toujours été « celui qui était, qui est et qui vient » et il nous dit à nouveau ce matin que ni les anges dans le ciel, ni lui-même le Fils, ne connaissent le jour et l’heure d’une fin hypothétique dont seul le Père sait la date.
Voilà de quoi clouer le bec à certains mouvements millénaristes et sectaires, comme les témoins de Jéhovah par exemple qui font de la peur d’une apocalypse prochaine, leur fond de commerce.
Plus grave peut-être, le risque de croire en une fin programmée de l’aventure humaine est démobilisateur et peut nous pousser à baisser les bras face à tous les défis, tous les combats spirituels, tous nos engagements, à oublier l’une des trois grandes vertus citées par Paul dans sa lettre aux Corinthiens, celle de l’espérance.
Christ nous le redit à nouveau ce matin : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas ».
La lecture ce cette petite apocalypse de Marc, peut faire écho à la parole de Luther que vous êtes nombreux à connaître : « Même si je savais que le monde doit disparaître demain, je planterais encore un pommier aujourd’hui ».
L’histoire du XXème siècle témoigne de ces hommes et femmes courageux qui, contre vents et marées ont fait le choix de l’espérance. Pour les chrétiens, c’était la certitude d’un Christ à venir qui leur donnait la force de croire en des jours meilleurs. Pour d’autres, ce fut un désir de justice, de paix et de fraternité plus forts que tous les déterminismes et les catastrophes annoncées et programmées.
Reprenons les paroles de Jésus, écoutées tout à l’heure :
« Laissez-vous instruire par la parabole du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que ses feuilles poussent, vous savez que l’été est proche » (Marc 13/28)
Au cœur des hivers les plus rigoureux, quand parfois les mauvaises nouvelles semblent s’accumuler, ouvrons les yeux, tendons nos oreilles, aiguisons tous nos sens afin de discerner les signes annonciateurs de jours meilleurs.
Dans une perspective chrétienne, une fin toujours possible et connue de Dieu seul ne nous incite pas à baisser les bras, à sombrer dans un pessimisme paralysant ; Christ nous appelle plutôt à nous tenir prêts, à être disponibles et à mettre en pratique sa parole contre vents et marées.
Ceux qui prétendent pouvoir prédire l’avenir sont des menteurs et bien souvent des manipulateurs.
La théologie du Process établie par des théologiens anglo-saxons nous rappelle que quel que soit le présent, l’avenir reste ouvert, reste à écrire : tout est possible, le pire comme le meilleur.
En ce mois de novembre 2024, à quelques semaines de l’hiver prochain, il ne nous est pas facile d’entrevoir les signes avant-coureurs du futur été.
Dans quelques semaines, la guerre en Ukraine entrera dans sa 4ème année, le conflit au Moyen-Orient ne laisse entrevoir aucun espoir de dialogue et de paix, un peu partout dans le monde, des personnalités ambigües et populistes sont au pouvoir et utilisent le mensonge et bien souvent la violence pour faire taire les voix dissonantes.
Où découvrir les bourgeons qui annoncent les floraisons et les fruits à venir, ceux d’un monde pacifié et apaisé ?
Dans un concert de nouvelles alarmantes et inquiétantes, comment entendre ces paroles dont Christ nous dit qu’elles ne passeront pas ?
C’est assurément au sein de l’Eglise, comme nous le vivons ce matin, que l’occasion nous est donnée, d’écouter, de méditer et faire nôtre cette parole de vie contenue dans les Ecritures.
Ne sous-estimons pas sa force et sa puissance. L’évangéliste Jean, reprenant partiellement le livre de la Genèse présente Jésus comme la parole incarnée :
« La Parole est devenue un homme et il a habité parmi nous » (Jean 1/14)
Dans la prière et l’écoute, et sous la conduite de l’Esprit Saint, cette parole s’incarne et donne corps à la mystérieuse présence du Christ.
Elle nous met en garde et nous protège du risque d’absolutiser tout autre discours, tous les propos démagogiques et parfois subtilement mensongers.
La peur, l’angoisse des lendemains sont utilisés par nombre de responsables politiques et parfois malheureusement religieux. Dans leurs discours catastrophistes, ils n’hésitent pas à évoquer une apocalypse prochaine qui imposerait d’adhérer à leurs idéologies ou leurs dogmes mortifères.
On voit ainsi le déchainement des passions, des prises de position dangereusement partisanes qui s’opposent à l’attente confiante du Royaume annoncé par le Christ.
Loin de nous démobiliser, la succession des événements et des épreuves auxquels nous assistons dans le monde, ne doit pas nous faire oublier de Dieu d’amour qui nous demande instamment de faire toujours le choix de la vie.
Je le disais, c’est dans l’Eglise, dans la lecture confiante des Ecritures, habité par le souci de la rendre audible et pertinente pour le monde d’aujourd’hui, que nous pouvons voir au-delà d’un horizon bouché et d’une actualité sombre.
Nos aînés ont assisté à maintes reprises à l’écroulement de leur monde, à l’anéantissement des empires et des civilisations qui nous ont précédé.
Exils, déplacements forcés de population et guerres jalonnent l’histoire humaine.
Pour autant, ne nous lançons pas dans des prédictions toujours hasardeuses et sujettes à caution.
S’il est possible que cette première partie du XXIème siècle soit une période de transition, une époque charnière, cheminons dans la confiance avec ce Seigneur qui ne nous abandonne pas dans la tempête et nous conduit vers un monde nouveau.
Face aux enjeux climatiques, aux tensions militaro-diplomatiques, à la radicalisation de nombres de nos politiciens et dans un contexte bien réel d’injustices sociales et économiques, notre Eglise ne reste pas silencieuse et elle témoigne inlassablement d’un Christ impliqué dans le monde, de serviteurs qui agissent et s’engagent pour ouvrir d’autres perspectives que celles du désespoir et d’une fin programmée.
Labourons, sarclons, plantons des graines dans les friches de notre monde. Observons avec attention les figuiers et les plantes qui, au sortir de cet hiver annonceront le prochain été.
Au-delà des périodes difficiles, des hivers à traverser, gardons l’assurance que Christ sort vainqueur de toutes nos morts, qu’il apaise toutes nos angoisses.
Ecoutons à nouveau cette parole qu’il nous donne : « Le ciel et la terre passeront mais mes paroles ne passeront pas »
Amen