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PREDICATION POUR LE CULTE A MARMANDE DU DIMANCHE 1ER SEPTEMBRE 2024
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Jacques 1/17 à 27.
Chers frères et sœurs,
Dans nos Eglises protestantes, on lit assez rarement l’Epître de Jacques, comme si, on s’en méfiait un peu.
Martin Luther considérait que cette lettre avait le poids d’une « épître de paille » comparée aux écrits de Paul.
L’auteur de l’Epître de Jacques ne dit-il pas en effet que la foi sans les actes est « chose morte », qu’une foi sans œuvres est stérile et inutile.
Tout cela n’est-il pas en contradiction avec l’une des grandes affirmations du protestantisme qui énonce le salut par la foi, par la foi seule ?
Reconnaissons que le jugement de Martin Luther est sans doute excessif et je crois que la réflexion sur les liens et l’articulation entre la foi et les œuvres reste pertinente et riche d’enseignement aujourd’hui encore.
Vous le savez, chers frères et sœurs, ce qui nous différencie de nos amis catholiques est que nous protestants, nous engageons, agissons non pas pour être sauvés mais parce que nous savons l’être, inconditionnellement, indépendamment de nos qualités, nos défauts, simplement par la foi qui nous anime.
Pour autant, les mots et l’enseignement de Jacques ne sont pas à rejeter ; écoutons-les :
« Accueillez avec humilité la parole que Dieu plante dans votre cœur, car elle a le pouvoir de vous sauver.
Mettez la parole de Dieu en pratique ; ne vous contentez pas de l’écouter, en vous faisant des illusions sur vous-mêmes » (Jac. 1/21 et 22)
Certaines traductions proposent ceci : « Soyez des réalisateurs, des créateurs de la parole » mais la traduction la plus juste serait : « Devenez des poètes de la parole ».
Et nous croyons que cette parole suscite la foi en nous, qu’elle porte en elle une puissance de transformation, d’actions, de changements concrets dans nos vies et celles de nos contemporains.
Christ ne nous demande pas de dissocier la prière et l’action, le spirituel et le matériel, la pensée de la pratique.
L’écrivain Gilbert Cesbron écrivait que la prière était un peu comme la respiration mais je crois que plus largement, c’est toute la vie du chrétien. Entre inspiration et expiration, foi et action sont indissociables et ne peuvent exister l’une sans l’autre.
Jacques ne nous dit pas autre chose lorsqu’il affirme qu’écouter la parole sans la mettre en pratique, c’est comme se regarder dans un miroir, tourner en rond et faire fausse route.
Je suis persuadé de la complémentarité entre la foi et les œuvres, la vie spirituelle et l’engagement concret, l’aide matérielle auprès du prochain.
Que serait l’Eglise sans la diaconie ? Quelle légitimité, quel poids aurait notre institution sans l’engagement de tous ses membres sur le terrain associatif, dans les entraides et le social ?
De surcroit, foi et action se nourrissent l’une et l’autre.
Christ et les disciples que nous sommes à sa suite sont porteurs d’une parole performative, d’une parole qui met en route et qui pousse à l’action.
Le maître n’aura de cesse au cours de son ministère de nous appeler à porter du fruit. Vous avez comme moi qu’il y a parfois des gestes, des postures, des actes qui parlent plus que les mots.
La rencontre entre Anouar El Sadate et Golda Meir à Jérusalem qui précéda la signature des accords de Camp David entre l’Egypte et Israël fut bien plus forte que toutes les tractations qu’il y avait eu en coulisse.
La visite très médiatisée de la chancelière allemande Angela Merkel, en 2009, sur le site du camp de concentration de Buchenwald en présence du président Barack Obama et du prix Nobel de la paix Elie Wiesel qui y avait été détenu avait une puissance symbolique plus forte que tous les discours d’intention et les déclarations programmatiques.
Une foi qui serait cantonnée à une pratique minimaliste et sans le moindre rayonnement autour de soi pourrait être qualifiée de stérile et d’inutile.
Comme je l’évoquais tout à l’heure, rappelons-nous que Jacques écrit qu’une foi qui ne produit rien, qui ne se manifeste pas par des actes, n’est qu’une chose morte.
La vie spirituelle implique un échange permanent entre l’intériorité et le monde extérieur, entre la prière et l’action.
Il en est ainsi comme de la respiration, mouvement permanent qui nous maintient en vie.
Le maître n’aura d’ailleurs de cesse de mettre en cause les « bons croyants de son temps », pharisiens et spécialistes des Ecritures, qui se révèlent incapables de mettre en pratique ce qu’ils étudient et professent, en restant enfermés dans un légalisme mortifère et une approche des textes trop littéraliste.
Le risque est grand en effet pour tous les croyants de s’enfermer dans une spiritualité désincarnée qui les coupe du monde et des souffrances de leurs contemporains.
Relevons également qu’il n’y a pas de grandes œuvres qui n’ait été précédée d’une profonde réflexion spirituelle.
En travaillant sur ce texte, je pensais au formidable destin du pasteur Maurice Leenhardt qui passa près de 25 ans de sa vie en Nouvelle Calédonie au service du peuple Kanak qui était alors proche de l’extinction.
Tombant amoureux de ce peuple du pacifique, de missionnaire, il se fit ethnologue.
Entre l’alcoolisme et une politique coloniale destructrice, les kanaks de ce début du XXème siècle étaient clairement menacés de disparition.
Le ministère de Maurice Leenhardt va lui redonner la fierté de son identité, l’envie de vivre et la volonté de construire son avenir.
La mission de ce pasteur aura consisté à donner à la culture kanak ses lettres de noblesse, et son message, au regard des derniers événements néo-calédoniens, reste troublant d’actualité.
La mission de l’Eglise et des disciples n’est pas de préserver un entre-soi réservé aux membres d’un club très fermé dont seuls, les initiés auraient accès.
Le témoignage, le partage, l’ouverture aux autres, la tolérance et le désir de fraternité sont autant de fruits que la foi en Christ produit.
Théodore Monod, décédé presque centenaire il y a une vingtaine d’année, aura lui été un scientifique et un humaniste dont l’aura a largement dépassé les frontières de son Eglise. Naturaliste reconnu par ses pairs, il se passionnera pour le Sahara, mais aussi pour les peuples qui y vivent et avec qui, il nouera des liens d’amitié indéfectibles.
Militant pacifiste et écologiste précurseur, on voit combien ses engagements ont valeur prophétique aujourd’hui.
A l’origine de la fraternité protestante des Veilleurs, Théodore Monod a toujours fait le lien entre prière et action, vie de foi et engagements dans le monde.
Chers frères et sœurs, notre destin n’est pas celui du pasteur Maurice Leenhardt ou du sage Théodore Monod. Mais chacun, chacune, dans nos vies quotidiennes, au sein de nos familles, auprès de nos familles, auprès de nos amis, de notre communauté, sachons être des témoins joyeux et zélés de l’amour que Dieu en Christ porte à tous.
Portons, apportons les fruits que sont la tolérance, l’esprit de concorde et la douceur, la joie et la sérénité.
Pour tant de nos contemporains, parfois nos plus proches, la vie est parfois terriblement difficile.
Témoigner par des gestes concrets de la solidarité avec les plus fragiles, c’est bien souvent témoigner efficacement de notre foi.
Jacques, dans sa brève Epître, nous le rappelle à nouveau ce matin :
« Voici ce que Dieu, le Père considère comme la religion pure et authentique : secourir les orphelins et les veuves et se garder de toute tâche due à l’influence du monde ». (Jacq.1/27)
Amen